Skip to main content
Welcome. This site supports keyboard navigation and screen readers. Press ? at any time for keyboard shortcuts. Press [ to focus the sidebar, ] to focus the content. High-contrast themes are available via the toolbar.
serard@dev00:~/cv

La pile M0-M1-M2-M3

Architectures de la cognition et du MDE

Diapositives sources : 07-18, 20-24 Sens d'ontologie en jeu : sens 3 (non-identité) et sens 4 (MDE) Croisement corpus 2026 : MDE and Métacratie, Age 18 — discovering the model-driven academic world


1. Du paysage aux boîtes rouges

Le document construit sa pile en partant du concret. La diapositive 7 reprend la photographie de paysage et y superpose des boîtes rouges : nuages, ciel, herbe. Ce geste apparemment simple — nommer des régions de l'image — est en réalité le premier acte de modélisation. Les boîtes rouges ne sont pas dans la photographie. Elles sont ajoutées par un sujet qui regarde la photographie et qui y projette des catégories. Le nuage n'est pas un objet que la photographie contient — c'est un concept que le sujet plaque sur une région de pixels.

La diapositive 8 tire la conséquence : « It's kind of a language. » Le modèle est une sorte de langage. Il possède un vocabulaire (nuages, ciel, herbe), une grammaire (les choses sont reliées dans l'espace et dans le temps), et un domaine d'application (cette photographie-ci). Le modèle parle de l'occurrence — il ne la reproduit pas. La différence est ontologique, pas quantitative.

2. La construction progressive : cognition incarnée, puis hiérarchie

Le document ne saute pas d'un coup au M3. Il monte marche par marche, en passant d'abord par un détour cognitif essentiel : la projection ne se fait pas dans le vide formel, elle passe par un corps.

Diapositive 10 — Embodied-mind : photo dans une bulle de pensée, observateur, et trois étapes numérotées (1- Photo captures, 2- See picture, 3- Projects it into my mind, somehow — via optic, nerves, brain, feelings, emotions, all it comes with and by : minded-body, embodied-mind).
Diapositive 10 — Embodied-mind : photo dans une bulle de pensée, observateur, et trois étapes numérotées (1- Photo captures, 2- See picture, 3- Projects it into my mind, somehow — via optic, nerves, brain, feelings, emotions, all it comes with and by : minded-body, embodied-mind).

La diapositive 10 n'est pas une pyramide M0/M1/M2 — c'est un schéma embodied-mind. Une photographie est saisie dans une bulle de pensée reliée à un personnage observateur ; trois étapes numérotées scandent la chaîne : (1) Photo captures, (2) See picture, (3) Projects it into my mind, somehow — via optic, nerves, brain, feelings, emotions, all it comes with and by : minded-body, embodied-mind. Ce détour est crucial : il refuse d'emblée le formalisme désincarné. Avant de pouvoir empiler des niveaux d'abstraction, il faut admettre que la projection passe par un corps qui voit, qui sent, qui éprouve. Le M1 ne flotte pas au-dessus du M0 comme une couche logique — il est projeté par un sujet incarné dans un acte cognitif daté.

C'est seulement après ce détour que le document propose, en plusieurs temps, une hiérarchie formelle. Et il l'introduit lui-même par un mot — un title-paragraph d'un seul mot, isolé sur une diapositive : « Model ». Cette respiration n'est pas un blanc, c'est une ponctuation : maintenant, on parle du modèle. Et ce mot ouvre immédiatement une question récursive qui structurera toute la suite.

Un modèle, qu'est-ce, sinon une carte assortie d'une légende ? Et une légende, qu'est-ce, sinon une carte elle-même, plus petite, dont les entrées sont reliées à un vocabulaire fini ? Si la légende est une carte, alors elle a sa propre légende — c'est-à-dire un méta-modèle. Et si ce méta-modèle est lui-même une carte, alors il a sa propre légende — c'est-à-dire un méta-méta-modèle. La récursion ne s'arrête que lorsque la carte se prend elle-même comme légende — quand le langage se décrit dans ses propres termes. C'est exactement le geste que la pile M0-M1-M2-M3 va dérouler.

Diapositive 16 — Quatre colonnes REALITY → OCCURENCE → MODEL → META-MODEL. Les trois premières colonnes ont des vignettes concrètes (cloud, photo, vignette rouge-boxes) ; META-MODEL est surmontée d'un grand « ? » iconique. La théorie est encore incomplète.
Diapositive 16 — Quatre colonnes REALITY → OCCURENCE → MODEL → META-MODEL. Les trois premières colonnes ont des vignettes concrètes (cloud, photo, vignette rouge-boxes) ; META-MODEL est surmontée d'un grand « ? » iconique. La théorie est encore incomplète.

La diapositive 16 énonce la hiérarchie pour la première fois — et avoue qu'elle est incomplète. Quatre colonnes alignées : REALITY, OCCURENCE, MODEL, META-MODEL. Pour les trois premières, une vignette concrète : un nuage pour REALITY, la photo de paysage pour OCCURENCE, la vignette rouge-boxes pour MODEL. Pour la quatrième — META-MODEL — un grand point d'interrogation iconique. Cette icône n'est pas un oubli : c'est l'aveu visuel qu'à ce stade, on ne sait pas encore comment représenter ce dont parle le méta-modèle. Pas d'instance concrète illustrable. La hiérarchie est posée, sa clef de voûte manque.

Puis vient un nouveau title-paragraph d'un mot : « Meta-Model ». La présentation 2017 procède ainsi par paliers oraux — un mot, puis un schéma, puis le mot suivant. Cette économie narrative est elle-même un argument : chaque palier est une montée d'un cran dans la récursion carte/légende, et le conférencier marque la respiration. Le méta-modèle, c'est la légende du modèle. Si le modèle dit « il y a des nuages dans le ciel », le méta-modèle dit « un modèle peut contenir des choses, qui ont des propriétés, et entre lesquelles il y a des relations ». La légende ne parle pas des nuages — elle parle de ce que c'est, qu'un modèle puisse parler de quelque chose.

Et alors, troisième title-paragraph d'un mot : « Meta-Meta-Model ». La récursion est annoncée comme atteignant son palier de clôture. La légende a sa propre légende — mais cette dernière, pour ne pas relancer la régression à l'infini, doit se prendre elle-même comme objet. Ce que la diapositive suivante va effectivement faire.

3. Le diagramme complet : la pile à cinq colonnes

Diapositive 18 — La pile complète à cinq colonnes : REALITY → OCCURENCE → MODEL → META-MODEL → META-META-MODEL. La colonne META-META-MODEL ajoute le texte « Auto-reflexive language / Speaks and defines itself in its own terms ». Le « ? » de page-16 est résolu par auto-référence.
Diapositive 18 — La pile complète à cinq colonnes : REALITY → OCCURENCE → MODEL → META-MODEL → META-META-MODEL. La colonne META-META-MODEL ajoute le texte « Auto-reflexive language / Speaks and defines itself in its own terms ». Le « ? » de page-16 est résolu par auto-référence.

La diapositive 18 est le vrai diagramme complet de la théorie. Elle reprend les quatre colonnes de la diapositive 16 et en ajoute une cinquième : META-META-MODEL, dont la légende intérieure dit « Auto-reflexive language / Speaks and defines itself in its own terms ». Le point d'interrogation iconique de page-16 est levé — non par l'ajout d'une nouvelle vignette concrète, mais par un acte logique : le langage de plus haut niveau ne se laisse pas illustrer par une instance extérieure, parce qu'il est sa propre instance. La régression s'arrête, non par décret, mais par auto-suffisance. C'est le geste classique de Russell et de Peirce, repris par Sowa et standardisé par le MOF de l'OMG : un méta-méta-modèle qui se décrit dans ses propres primitives clôt la pile.

Reprenons les niveaux explicitement, à la lumière de cette pile complète :

M0 — L'occurrence elle-même. La réalité capturée, la photographie, l'événement perçu. M0 est le sol — le niveau où les choses arrivent. Dans le vocabulaire MDE, M0 est le niveau des instances : objets réels, données concrètes, événements datés.

M1 — Le modèle. Les boîtes rouges sur la photographie. Les concepts (ciel, nuages, herbe) et leurs relations (le ciel est au-dessus de l'herbe, les nuages sont dans le ciel). M1 parle de M0 — il discrétise, nomme, structure ce qui, à M0, est un continuum indifférencié. Dans le vocabulaire MDE, M1 est le niveau des modèles utilisateur : schémas de base de données, diagrammes de classes, cartographies de flux.

M2 — Le méta-modèle. « Set of language elements that let define a concise model to assist answering a question. » Le méta-modèle ne parle pas des nuages — il parle de ce que c'est qu'un type de chose qu'un modèle peut contenir. Il définit le langage dans lequel les modèles M1 sont écrits. Dans le vocabulaire MDE, M2 est le niveau des DSLs : vocabulaires d'attributs spécialisés, grammaires de domaine.

M3 — Le méta-méta-modèle. « Auto-reflexive language. Speaks and defines itself in its own terms. » M3 définit ce que c'est qu'un méta-modèle en général — les primitives universelles (concept, propriété, relation, contrainte, héritage) qui permettent de construire n'importe quel M2. Et M3 se décrit lui-même dans ses propres termes. La récursion s'arrête là, non par convention mais par auto-suffisance. L'auto-référence du M3 sera l'objet de l'article suivant.

4. Le modèle parle un langage

L'une des observations les plus fécondes du document est que chaque niveau parle dans les termes du niveau supérieur. La diapositive 22 l'énonce explicitement : « Model speaks a language. »

Le modèle M1 parle le langage de M2. Quand je dis « il y a des nuages dans le ciel », je parle le langage du méta-modèle qui connaît les types de choses (nuages, ciel) et les types de relations (dans, au-dessus, à côté). Si le méta-modèle ne connaissait pas le concept de « nuage », je ne pourrais pas le nommer dans mon modèle. Le vocabulaire de M1 est borné par le vocabulaire de M2.

Le méta-modèle M2 parle le langage de M3. Quand je définis « un nuage est un type de chose qui a une forme, une couleur et une position », je parle le langage du méta-méta-modèle qui connaît les méta-types (concept, propriété, relation). Si M3 ne connaissait pas le concept de « propriété », je ne pourrais pas dire qu'un nuage a une forme.

Cette observation a une conséquence capitale : les limites du langage de chaque niveau sont les limites de ce que ce niveau peut exprimer. On ne peut pas dire, à M1, quelque chose pour quoi M2 n'a pas de mot. On ne peut pas définir, à M2, quelque chose pour quoi M3 n'a pas de primitive. La borne est structurelle, pas accidentelle. C'est la version formelle du théorème des limites d'expressivité que l'Appareil et compilateur formulera en 2026 : on ne peut spécifier que ce qu'on peut vérifier ; le langage de spécification est strictement borné par l'appareil de vérification disponible.

5. Trois colonnes : cognition, MDE, métacratie

La correspondance entre la pile cognitive du document de 2017, la pile MDE de l'ingénierie logicielle, et les couches métacratiques de 2026 est suffisamment précise pour être tabulée.

Diagram
La pile M0-M3 dans trois registres — cognition, MDE, métacratie

L'isomorphisme n'est pas cosmétique. Les trois piles résolvent le même problème : comment rendre compte d'un système qui contient à la fois des choses qui changent vite (M0/M1, INTER) et des choses qui changent lentement (M3, SUPRA) ? La réponse est dans les trois cas la même : empiler les couches selon leur vitesse de changement, et thématiser les contraintes que chaque couche impose à celles qui changent plus vite qu'elle. C'est ce que Luhmann a appelé le couplage structurel entre sous-systèmes sociaux, et c'est ce que l'article MDE and Métacratie développe comme le premier pont entre les deux corpus.

6. L'asymétrie des vitesses

La pile n'est pas une hiérarchie statique. Chaque niveau bouge, mais à des vitesses radicalement différentes. M0 est en mouvement permanent — les occurrences surviennent sans cesse. M1 bouge souvent — les modèles sont révisés, les catégories reclassées. M2 bouge rarement — changer le langage des modèles est un chantier lourd. M3 ne bouge presque jamais — toucher au méta-méta-modèle revient à réécrire toute la pile.

Cette asymétrie est la clef de la dynamique du système. Elle explique pourquoi un changement à M0 (une nouvelle occurrence) peut être absorbé sans difficulté par les niveaux supérieurs, tandis qu'un changement à M3 (une redéfinition des primitives) entraîne une reconfiguration en cascade de tout le système. Elle explique aussi pourquoi les transitions sont si difficiles : une transition est un moment où les niveaux supérieurs, d'habitude stables, sont forcés de bouger en réponse à une accumulation de changements dans les niveaux inférieurs que les niveaux supérieurs ne parviennent plus à absorber.

Dans le registre métacratique de 2026, cette asymétrie des vitesses est exactement celle des cinq couches décrite dans Transitions méta-cratiques : INFRA bouge à peine, INTER bouge en premier dans toute crise, SUPER rattrape, SUPRA est reformulée plutôt que remplacée, SUFRA se forme après coup. L'asymétrie des vitesses n'est pas une observation empirique ajoutée après coup — c'est une propriété structurelle de toute pile en couches, et le document de 2017 la pose dès la construction de sa pile M0-M3.

7. L'ancêtre commun : Sowa et la rencontre à 18 ans

La pile M0-M3 du document de 2017 n'est pas inventée ex nihilo. Elle est exactement la pile du Meta-Object Facility (MOF) de l'Object Management Group (OMG), standardisée en 1997 puis en 2003. Et derrière le MOF, il y a Sowa. Les graphes conceptuels de John F. Sowa (Conceptual Structures, 1984) constituent l'ancêtre commun de l'ontologie formelle et du MDE. Sowa construit son ontologie sur la lignée Peirce → Whitehead → Aristote, et dérive ses catégories fondamentales de distinctions binaires qui sont elles-mêmes des méta-concepts auto-descriptifs.

L'article Age 18 raconte la rencontre avec cet univers : Eclipse, openArchitectureWare, AndroMDA, EMF, et la découverte de Sowa. « Reading Sowa at eighteen gave me a name for what I was doing with attributes and source generators, and a philosophical lineage I could place it in. » Ce qui frappe, rétrospectivement, c'est que le document de 2017 — neuf ans après cette rencontre à 18 ans — repart du même geste (une pile auto-référentielle en couches) pour penser non plus le logiciel mais la cognition humaine. L'outil n'a pas changé. Le domaine d'application, si.

8. Les rôles fonctionnels — et le pont qui deviendra explicite

Diapositive 24 — Hiérarchie verticale OCCURENCE → MODEL → META-MODEL → META-META-MODEL avec, à droite, les rôles fonctionnels : « Mental representation of reality / Model specified using language / Specific language curated for situation / Specific language curated to specify specific languages curated for specific situations / General specification language ».
Diapositive 24 — Hiérarchie verticale OCCURENCE → MODEL → META-MODEL → META-META-MODEL avec, à droite, les rôles fonctionnels : « Mental representation of reality / Model specified using language / Specific language curated for situation / Specific language curated to specify specific languages curated for specific situations / General specification language ».

La diapositive 24 résume la pile non plus par ses étiquettes formelles mais par les rôles fonctionnels de chaque niveau. À droite de chaque étage, une description courte : OCCURENCE est la « mental representation of reality », MODEL est « specified using language », META-MODEL est un « specific language curated for situation », META-META-MODEL est un « specific language curated to specify specific languages curated for specific situations / general specification language ». Cette colonne de droite répond à la question pragmatique « à quoi sert chaque étage ? » — et elle préfigure, sans le dire encore, le pont qui sera explicité à la diapositive 26 entre cette pile cognitive et la pyramide MDE classique de l'OMG. Ce pont sera analysé dans l'article 09.

Pour l'heure, retenons l'essentiel : le document de 2017 construit une pile en couches d'abstraction qui est structurellement identique à celle du MDE, et qui deviendra structurellement identique à celle de la métacratie. Les trois piles ne sont pas trois métaphores de la même chose — elles sont trois applications du même geste formel (un petit nombre de primitives auto-descriptives, à partir desquelles des vocabulaires entiers se déplient) à trois domaines distincts. La cognition, le logiciel, le pouvoir — trois territoires, une seule carte de la carte.


Article précédent : De l'occurrence à META(Ex × Ty) Article suivant : M3 parle de lui-même Retour à l'index : L'humain comme machine à projection

⬇ Download