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serard@dev00:~/cv

La proposition generale

Ce que le document essaie vraiment

Diapositives sources : 01-02
Angles principaux : epistemologique, anthropologique, methodologique
Croisements : machine-a-projection, metacratie


Une theorie generale, ou une tentative assumee

Le document commence par un titre ambitieux, puis se corrige immediatement lui-meme. A Theory of Human Analysis annonce une portee maximale; la parenthese francaise la rabat aussitot: "Ma maniere a moi d'essayer une theorie generale de l'humain (mais je n'en connais pas beaucoup)." Cette phrase compte autant que le titre. Elle dit que le texte n'avance pas comme une doctrine close mais comme une proposition d'appareil.

Ce point est essentiel pour bien le lire. Le document ne dit pas: voici enfin ce qu'est l'humain. Il dit plutot: voici une maniere de penser l'humain a partir du probleme des representations. Ce deplacement change tout. Une theorie close devrait definir l'humain par son essence. Ici, l'humain est approche par son mode d'acces au reel, c'est-a-dire par les operations qui transforment une situation en occurrence, une occurrence en modele, un modele en langage partageable.

Page de titre du document source : l'ambition theorique est accompagnee d'une reserve methodologique explicite.
Page de titre du document source : l'ambition theorique est accompagnee d'une reserve methodologique explicite.

Le noyau de la these

La diapositive 2 donne le noyau conceptuel de toute la serie: "L'humain analysee en tant que machine a projection." Le syntagme peut sembler brutal, presque mecaniste. Il faut pourtant l'entendre de facon precise. Il ne signifie pas que l'humain serait une machine au sens industriel ou computationnel strict. Il signifie que l'humain projette sans cesse des representations mentales sur ce qu'il percoit, et qu'une analyse de l'humain peut partir de ce geste.

Le coeur de la proposition peut alors se formuler ainsi:

  • il y a un reel que nous ne saisissons jamais entierement ;
  • ce reel nous affecte sous forme d'occurrences bornees ;
  • nous le decoupons au moyen de mots, de categories et de modeles ;
  • nous produisons des langages qui nous permettent de parler de ces modeles ;
  • nous revenons ensuite sur nos propres outils de description.

Le document n'invente pas seulement une image de l'humain; il construit une grammaire des ecarts entre ce qui est, ce qui arrive, ce qui est nomme et ce qui est pense.

Pourquoi "projection" est le bon mot

Le mot projection est mieux choisi qu'il n'y parait. Il permet de tenir ensemble trois dimensions qui sont souvent separees.

La premiere est perceptive. Nous ne recevons pas le monde comme une donnee brute integralement disponible; nous le configurons. Regarder une image, c'est deja y distinguer des formes, des zones, des objets pertinents.

La deuxieme est linguistique. Ce que nous reconnaissons, nous le renommons. Les mots n'arrivent pas apres coup comme de simples etiquettes. Ils stabilisent ce qui a ete percu comme pertinent.

La troisieme est productive. Une projection n'est pas seulement un miroir appauvri; elle introduit dans le monde une nouvelle couche de realite: celle de la carte, du schema, du modele, de l'enonce partageable.

Le grand merite du document est d'avoir compris qu'on ne peut pas penser l'humain sans penser ensemble ces trois dimensions. Beaucoup de theories restent au niveau de la perception. D'autres restent au niveau du langage. D'autres encore restent au niveau de la formalisation technique. Ici, les trois sont deja lies.

Une anthropologie minimale

Il y a bien, malgre tout, une anthropologie implicite dans ce PDF. Elle est minimale, mais elle est forte. L'humain qui apparait ici n'est ni un pur sujet transcendantal, ni un simple organisme biologique, ni un simple role social. C'est un etre qui se tient dans l'ecart entre le monde et ses representations du monde.

Cette anthropologie minimale a plusieurs consequences.

D'abord, l'humain n'est pas defini par une substance mais par une activite de mediation. Ce qui compte n'est pas "ce qu'il est" dans l'absolu, mais la maniere dont il produit des prises sur le reel.

Ensuite, la cognition n'est pas isolee du langage. Penser, ici, c'est deja mobiliser des instruments de distinction, donc des proto-langages.

Enfin, l'humain n'est pas immediatement politique dans ce document. C'est un point fort et une limite. Un point fort, parce que l'analyse commence sur un terrain tres elementaire et tres clair. Une limite, parce qu'on ne sait pas encore qui impose les categories, pourquoi certaines projections l'emportent, ni dans quelles institutions elles circulent.

Ce que le document fait tres bien

La grande reussite du texte est sa sobriete structurante. En deux diapos d'ouverture, il pose deja trois exigences methodologiques qui resteront valables dans tout le dossier.

La premiere exigence est celle de la non-identite. La representation n'est pas la chose representee.

La deuxieme exigence est celle de la gradation des niveaux. Il faut distinguer ce qui arrive, ce qui en est dit, puis ce qui permet d'en parler.

La troisieme exigence est celle de la reflexivite. Une theorie de l'humain doit pouvoir inclure les conditions de sa propre production.

Ce triptyque suffit a expliquer pourquoi le document reste fecond aujourd'hui. Il n'apporte pas toutes les reponses, mais il pose les bonnes differences.

Ce qu'il ne fait pas encore

Pour mesurer correctement la valeur du PDF, il faut aussi nommer ce qu'il laisse hors champ.

Il n'y a presque rien sur les affects au sens fort, meme si la question reviendra plus tard dans le document sous la forme de l'impression differenciee. Il n'y a rien sur les institutions. Il n'y a rien sur les luttes d'interpretation. Il n'y a rien, surtout, sur les rapports de pouvoir qui rendent certaines projections dominantes et d'autres muettes.

Cela ne condamne pas le document. Cela precise sa fonction. Nous n'avons pas affaire a une theorie sociale totale, mais a une infrastructure epistemique sur laquelle d'autres couches pourront se greffer.

Pourquoi une lecture multi-analytique est necessaire

Si l'on se contentait d'une lecture strictement formelle, on verrait surtout ici un ancetre du pont MDE et du compilateur. Si l'on se contentait d'une lecture philosophique, on y verrait surtout un exercice sur la non-identite entre carte et territoire. Si l'on se contentait d'une lecture cognitive, on y verrait une phenomenologie fruste de la perception.

La bonne lecture doit tenir les trois ensemble. C'est pour cela que ce dossier ne suit pas seulement le fil des diapositives; il suit aussi le fil des questions implicites que ces diapositives rendent possibles.

Le premier resultat est donc simple: le document ne propose pas encore une theorie generale achevee de l'humain. Il propose quelque chose de plus modeste et de plus utile: un cadre stable pour penser comment un humain entre en rapport avec le reel en passant par des couches de projection successives.


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