Occurrence et discretisation
Comment le reel devient saisissable
Diapositives sources : 05-11
Angles principaux : epistemologique, ontologique, semiotique
Croisements : machine-a-projection - occurrence
Le mot "occurrence" comme pivot
Apres la scene initiale, le document introduit un mot cle: occurrence. Ce choix n'est pas anodin. Il aurait pu parler d'objet, de chose, d'evenement, de scene, de perception. Il choisit un terme plus souple, qui garde a la fois l'idee d'apparition et l'idee d'instanciation.
L'occurrence n'est pas le reel tout entier. C'est le reel tel qu'il devient prelevable. Elle n'abolit pas le continuum; elle en constitue une coupe exploitable.
Cette notion permet au document d'eviter deux erreurs contraires. La premiere serait de croire que nous avons acces au reel total. La seconde serait de croire que nous n'avons acces qu'a des signes sans ancrage. L'occurrence tient les deux: elle suppose un reel, mais un reel deja borne par la situation de capture.
Le continuum et sa coupe
Les diapositives de discretisation sont parmi les plus importantes du PDF. Elles montrent que le paysage n'arrive pas dans l'esprit comme une liste naturelle d'objets deja identifies. Il faut decouper, distinguer, isoler, bref segmenter.

Le geste a l'air banal: on distingue le ciel, la terre, les nuages. Mais cette banalite est trompeuse. Le document souligne quelque chose de tres fort: la segmentation n'est pas ajoutee a une realite deja structuree de la meme maniere. Elle est la condition de possibilite de ce que nous appellerons ensuite "voir quelque chose".
Autrement dit, l'occurrence est deja un resultat de traitement, meme si ce traitement reste encore tres elementaire.
Korzybski en sous-main
Le document fait explicitement appel a Korzybski avec la formule bien connue: "The map is not the territory." Ici, la formule sert a clarifier le statut de l'occurrence et des objets qui en emergent. Ce que nous nommons n'est pas la chose nue; c'est une configuration lue, stabilisee, prelevee.
La force de cette reference est qu'elle empeche de confondre discretisation et verite absolue. Le fait que nous ayons de bonnes raisons de distinguer un nuage ne veut pas dire que le nuage existe pour nous dans la meme forme que dans un ordre ontologique independant de toute perception. Cela veut dire que notre appareil de lecture decoupe utilement une region du reel pour repondre a une question.
Le document ne sombre donc ni dans le scepticisme total ni dans le realisme naif. Il adopte un realisme mediatise.
Une definition riche mais instable
La diapositive qui demande "What captures the word occurrence?" donne plusieurs formulations a la fois: un echantillon, une statistique, la realisation physique d'une situation modelisee dans notre realite, ce que l'on peut voir lorsqu'il se produit.

Cette richesse est interessante, mais elle introduit aussi une ambiguite. L'occurrence semble parfois designer:
- un morceau de reel ;
- un evenement identifiable ;
- une instance de quelque chose de plus general ;
- un point d'entree dans un schema de modelisation.
Il faut prendre cette ambiguite au serieux. Elle est a la fois une faiblesse terminologique et une force heuristique. Une faiblesse, parce qu'un concept cle gagne a etre plus fermement defini. Une force, parce qu'elle montre que l'auteur cherche encore la bonne articulation entre empiricite, perception et formalisation.
La discretisation n'est jamais neutre
Le document insiste sur les boites, les zones, les mots, mais il laisse dans l'ombre une consequence importante: toute discretisation est selective. Decouper le ciel et les nuages, c'est laisser de cote d'autres facons de lire la meme image.
On pourrait y voir un degrade de luminosite, une organisation geometrique, une humeur meteorologique, une promesse de pluie, un decor de peinture, ou un support de meditation. Rien de cela n'est faux. Rien de cela n'est strictement donne d'avance. La discretisation n'est donc pas seulement cognitive; elle est deja interpretative.
Le document le montre sans encore le thématiser pleinement. C'est la encore une de ses proprietes les plus fertiles: il prepare des questions qu'il n'explicite pas encore.
Une prehistoire de l'indexation
L'occurrence, telle qu'elle est decrite, est toujours localisee. Elle a lieu quelque part, a un certain moment, dans une certaine situation d'observation. Cela fait de l'occurrence un objet implicitement indexe.
On peut lire ici un antecedent de gestes ulterieurs du corpus: ce qui sera plus tard note META(Ex x Ty) dans les textes metacratiques a deja son precurseur discret. L'occurrence n'est pas un universel flottant; c'est une saisie contextualisee.
Il ne faut pas forcer ce rapprochement. Le document de 2017 reste au niveau epistemique. Mais le fait qu'il tienne ensemble perception, coupe et situation montre deja qu'il pense la connaissance comme irreductiblement situee.
Ce que le concept apporte
Le meilleur apport du mot occurrence est peut-etre d'offrir un niveau intermediaire entre le reel absolu et l'objet conceptuel stabilise. Sans lui, on passerait trop vite du monde a la theorie. Avec lui, on garde un niveau ou quelque chose arrive, apparait, se laisse pointer, sans etre encore completement absorbe dans le modele.
Ce niveau intermediaire est crucial. Il permet de penser que l'analyse humaine n'est ni pure construction ni pure reception. Elle est une operation sur des occurrences qui nous affectent et que nous transformons.
Ce que le concept ne resout pas
L'occurrence reste pourtant un concept de transition. Elle n'explique pas encore comment le mot s'impose, ni comment un sujet differencie tel decoupage d'un autre, ni comment plusieurs sujets coordonnent leurs occurrences. Pour cela, il faut passer au probleme du langage.
Le document a donc accompli une etape decisive: il a montre que le reel n'est accessible qu'au prix d'une discretisation. Il lui reste maintenant a dire dans quelle langue cette discretisation devient partageable.
Chapitre precedent : Entrer par une image
Chapitre suivant : Langage et nomination
Retour a l'index : Lecture multi-analytique de la Theorie de l'Analyse humaine