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serard@dev00:~/cv

Langage et nomination

Quand voir devient dire

Diapositives sources : 11-12
Angles principaux : semiotique, epistemologique, ontologique
Croisements : Ontologie du mot


Le document ne parle pas seulement de perception

Une fois l'occurrence introduite, le document fait un pas decisif: il parle du langage. Ce point est capital. Beaucoup de descriptions de la cognition s'arretent a la perception ou au traitement mental. Ici, l'auteur comprend que l'on ne peut pas analyser humainement une occurrence sans la faire entrer dans un repertoire de mots, de formes grammaticales, de types de relation.

La diapositive correspondante est tres simple et tres importante. Elle rappelle qu'un langage est une grammaire, une syntaxe, un ensemble d'axiomes, et qu'il reflete une maniere de penser les choses.

Cette derniere formule est probablement la plus forte. Un langage ne sert pas seulement a exprimer une pensee preexistante; il reflete une maniere de penser. Il ne vient donc pas apres le reel comme un habillage. Il configure d'avance ce qui pourra compter comme chose, relation, difference, stabilite.

Nommer, c'est comprimer

Quand nous disons "nuage", nous ne collons pas une etiquette neutre sur un objet deja donne. Nous compressons une pluralite de variations sensibles sous un type. Le mot retient certains traits, en ecarte d'autres, les rend memorisables, communicables, comparables.

Le document l'exprime sans jargon: il faut des mots concis. Cette remarque, en apparence pratique, est en realite theorique. Un mot est un instrument d'economie cognitive. Sans lui, nous resterions prisonniers d'un flux inepuisable de singularites.

Cela veut dire que la nomination est a la fois un gain et une perte:

  • un gain de transmissibilite ;
  • un gain de stabilite ;
  • une perte de singularite ;
  • une perte de texture.

La bonne lecture du document consiste a tenir ensemble ces deux faces.

Grammaire, syntaxe, axiomes

L'enumeration de la diapositive merite d'etre prise au pied de la lettre. Le document ne dit pas seulement qu'il faut des mots. Il dit qu'il faut aussi une grammaire, une syntaxe, et des axiomes.

Le mot isole ne suffit pas. Il faut savoir comment les mots peuvent se combiner, quel type de relation ils autorisent, et quelles hypotheses de fond ils transportent deja avec eux.

Par exemple, dire "les nuages sont dans le ciel" mobilise:

  • des types de choses ;
  • une relation spatiale ;
  • une syntaxe qui ordonne sujet, verbe et complement ;
  • une ontologie minimale dans laquelle "etre dans" a un sens partageable.

Le document ne deploie pas toute cette analyse, mais il en donne les pieces. Son grand merite est de montrer que la montee en abstraction commence deja a l'interieur du langage ordinaire.

Le moment ou le document explicite le plus nettement la fonction du langage dans l'analyse: grammaire, syntaxe, axiomes, mode de pensee.
Le moment ou le document explicite le plus nettement la fonction du langage dans l'analyse: grammaire, syntaxe, axiomes, mode de pensee.

Le langage comme condition de modele

Il y a ici une articulation decive pour tout le reste de la serie. Le langage n'est pas seulement ce qui permet de commenter le modele. Il est ce qui permet au modele d'exister comme modele.

Un modele est toujours un arrangement d'elements nommes dans un repertoire de distinctions autorisees. Sans un langage pour dire ce qu'est un type, une relation, une propriete, un niveau, il n'y a pas de modele stable. Il n'y a qu'un foisonnement d'intuitions locales.

Le document commence donc deja a glisser de la cognition vers la formalisation. C'est pourquoi il pourra, plus loin, rencontrer si facilement le Model-Driven Engineering. Non pas parce qu'il abandonnerait l'humain, mais parce qu'il a deja compris que l'humain pense au moyen de vocabulaires structures.

Une semiotique sans histoire sociale

C'est ici qu'apparait aussi une limite importante. Le document parle du langage comme d'un instrument de pensee, ce qui est juste, mais il en parle peu comme d'un espace de lutte. Il ne dit pas vraiment d'ou viennent les mots, qui les stabilise, qui les impose, ni comment des vocabulaires concurrents se disputent le droit de nommer le reel.

Cette absence n'est pas secondaire. Entre "immigre" et "expatrie", entre "reforme" et "demantelement", entre "innovation" et "capture", le langage ne fait pas qu'organiser l'experience; il oriente aussi le jugement et la legitimite.

Le document reste ici volontairement sobre, presque pre-politique. Il pense l'efficacite cognitive du langage davantage que sa conflictualite sociale.

Le caractere programmatique du slide

Une phrase breve de la diapositive est tres revelatrice: "Should expand more on this..." Ce n'est pas une faiblesse a cacher; c'est au contraire un indice de lecture precieux. L'auteur sait qu'il touche la un noeud qu'il ne deploie pas encore entierement.

Il faut donc lire ce passage comme un programme, pas comme un aboutissement. Le document reconnait que toute theorie de l'humain qui passe par les projections devra, a terme, approfondir:

  • le rapport entre langage et pensee ;
  • le statut des axiomes implicites ;
  • les differences entre langage ordinaire, langage scientifique et meta-langage.

C'est l'un des endroits ou le PDF montre le plus nettement qu'il est une matrice de travail, pas une somme close.

Ce que cette etape change

Avec le langage, l'analyse quitte definitivement le seul terrain de la perception. Voir ne suffit plus. Il faut pouvoir dire ce qui est vu, puis organiser les termes de cette diction dans une structure relativement stable.

Cette etape change aussi le statut du sujet. Le sujet n'est plus seulement celui qui percoit; il devient celui qui habite un monde de formulations possibles. Ce qui lui est accessible depend de ce qu'il peut nommer, et de la maniere dont ses mots se laissent ou non articuler.

Le passage necessaire vers la pile

Une fois ce point admis, le reste suit presque logiquement. Si le langage organise les formes de modelisation possibles, il devient necessaire de distinguer:

  • le niveau ou l'on parle des choses ;
  • le niveau ou l'on parle du langage qui sert a en parler ;
  • le niveau ou l'on parle du langage qui sert a parler de ce langage.

Autrement dit, le probleme du langage appelle presque naturellement la construction de la pile modele / meta-modele / meta-meta-modele.


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