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serard@dev00:~/cv

Entrer par une image

La scene minimale de toute analyse

Diapositives sources : 03-04
Angles principaux : phenomenologique, methodologique, heuristique
Croisements : L'Individu divise


Le choix du cas concret

Le document refuse d'entrer par une definition abstraite. Il annonce au contraire: "Stepping-in from a concrete use-case." C'est un choix tres important. Une theorie de l'humain qui commencerait par des concepts purs risquerait de perdre d'emblee le lien avec ce qu'elle pretend expliquer. En entrant par une photographie, le document se donne une scene minimale ou l'on peut observer presque a nu le passage du reel percu vers la representation.

La photo choisie n'est pas spectaculaire. C'est justement ce qui la rend utile. Un ciel, des nuages, de l'herbe. Rien de plus. Le document ne cherche pas un cas exceptionnel, mais un terrain simple sur lequel l'acte de reconnaissance pourra apparaitre sans parasite.

La question fait l'analyse

La diapositive suivante pose: "Where are the clouds?" Cette phrase tres simple est deja une operation theorique. Tant qu'aucune question n'est posee, l'image reste un champ potentiellement infini de details. La question selectionne un probleme de pertinence. Elle dit au regard ce qu'il doit chercher.

Diapositive de cadrage : une image n'est pas encore une analyse; il faut une question pour qu'un champ de perception devienne un champ de reponse.
Diapositive de cadrage : une image n'est pas encore une analyse; il faut une question pour qu'un champ de perception devienne un champ de reponse.

La lecon est generale. Aucune analyse ne commence par l'objet seul. Elle commence par un couplage objet-question. Ce n'est pas la meme chose de demander ou sont les nuages, quelle est la couleur dominante, quelle est la ligne d'horizon, ou ce que cette image fait ressentir. Le visible ne change pas, mais la structure de ce qui compte change.

Le document montre donc tres tot quelque chose de fondamental: toute analyse est deja orientee.

Une phenomenologie tres sobre

Sous sa simplicite, cette entree par l'image contient une petite phenomenologie. Le monde n'apparait pas comme un bloc. Il apparait comme un champ d'objets possibles, mais tous ne sont pas saisis en meme temps ni au meme niveau.

La question "ou sont les nuages ?" transforme immediatement la photographie en scene de recherche. Le regard ne contemple plus; il discrimine. Il cherche des limites, des formes, des zones. Il decoupe deja sans encore le formaliser.

Cela veut dire que la perception est, des le depart, structuree par une intention de lecture. L'image n'est pas seulement recue. Elle est interrogee.

L'evidence n'est pas immediate

Le document ajoute un geste subtil: il demande ensuite d'etre "obvious" puis de "quest the obvious". Il y a ici un mouvement a deux temps.

D'abord, il faut accepter l'evidence ordinaire. Oui, il y a du ciel, des nuages, de l'herbe. Sans cette evidence minimale, aucune communication n'est possible.

Mais ensuite il faut retourner cette evidence contre elle-meme. Pourquoi sommes-nous si surs qu'il y a des nuages ? Qu'est-ce qui, exactement, dans l'image, nous autorise a isoler telle masse blanche comme "nuage" plutot que comme simple variation lumineuse ? A quel moment une region de pixels devient-elle un objet ?

Le document n'exige pas de nier l'evidence; il exige d'en faire un objet de questionnement. C'est une position methodologique tres saine. Une bonne theorie ne meprise pas l'ordinaire; elle le desassemble.

Le laboratoire minimal

La photo joue le role d'un petit laboratoire de cognition. Parce qu'elle est simple, elle permet de voir plusieurs choses a la fois:

  • la perception ne saisit jamais tout ;
  • la question trie ce qui compte ;
  • le regard segmente l'image ;
  • les mots stabilisent la segmentation ;
  • l'analyse commence avant la formalisation explicite.

Cette economie de moyens est une force. Au lieu d'introduire tout de suite des concepts lourds, le document montre d'abord un geste que tout lecteur peut refaire mentalement.

La limite de la scene

Il faut pourtant voir aussi la limite du dispositif. En choisissant une image de paysage, le document installe une situation ou les enjeux sociaux, historiques et conflictuels sont presque absents. Un ciel et une prairie sont plus faciles a discriminer qu'une institution, une relation de travail, une injonction contradictoire, ou une norme juridique.

Le gain est la clarte. La perte est l'epaisseur du monde humain. Une lecture critique doit donc dire ceci: le document choisit un cas d'ecole tres propre pour construire sa machine conceptuelle. Cette proprete est pedagogiquement efficace, mais elle tend a masquer ce que l'analyse de l'humain exigera plus tard: des objets plus ambigus, plus charges, plus disputables.

Qui pose la question ?

Il y a enfin un point que le document ne traite pas encore mais qu'il rend visible malgre lui. Quelqu'un pose la question. Quelqu'un decide que la chose interessante, ici, c'est le nuage.

Autrement dit, avant meme le modele, il y a une selection de la problematique. Dans une lecture purement cognitive, cela reste un simple choix de demonstration. Dans une lecture plus politique, cela devient deja la prehistoire du pouvoir interpretatif: celui qui determine la question determine en partie les formes de reponse disponibles.

Le document ne va pas jusque-la, mais la porte est entrouverte.

Le resultat de cette entree

L'entree par l'image remplit donc plusieurs fonctions d'un coup. Elle montre que l'analyse ne commence ni par le concept pur ni par le reel brut, mais par une mise en situation du regard. Elle montre aussi qu'une question simple suffit a faire apparaitre les niveaux a venir: occurrence, langage, modele, abstraction.

Ce n'est qu'une petite diapositive de depart. Mais sans elle, tout le reste du document serait suspendu dans le vide. La serie peut maintenant avancer vers le point central: comment un continuum devient-il une occurrence discernable ?


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