Realite, abstraction, projection
Ce qui resiste a la formalisation
Diapositives sources : 30-35
Angles principaux : metaphysique minimale, epistemologie, critique de l'abstraction
Croisements : Carte et territoire
Le retour de la realite sous M0
L'un des gestes les plus importants du document apparait tardivement: la realite reapparait sous le niveau M0. Ce deplacement est discret, mais il est philosophquement majeur. Il signifie que meme l'occurrence, meme l'instance la plus proche du concret dans la pile, n'epuise pas ce qu'il y a.

Cette simple insertion empêche une erreur classique de la formalisation: croire que le niveau le plus bas du schema coincide avec le reel lui-meme. Le document dit l'inverse. Il y a toujours un dessous de la modelisation, un fond qui rend possible la capture sans jamais s'y reduire.
Les niveaux d'abstraction
La question "What are our levels of abstractions?" marque un autre moment fort. Le document ne traite pas l'abstraction comme un luxe reserve a la theorie. Il la traite comme une condition ordinaire de toute saisie.
Nous n'accedons pas au monde sans niveaux d'abstraction. Nommer un nuage, c'est deja abstraire. Dire qu'une relation est de type spatial, c'est abstraire davantage. Definir les categories generales qui rendent ce type de relation pensable, c'est encore abstraire.
La these implicite est simple: la cognition humaine n'alterne pas entre un reel pur et des abstractions ajoutees ensuite. Elle est toujours deja abstraite a des degres differents.
Le sens fort du mot projection
Avec les diapositives sur la projection, le document clarifie retrospectivement son titre. Projeter, ici, n'est pas seulement imaginer ou se tromper. C'est organiser des elements selon des niveaux d'abstraction qui se generent, se refletent et se contraignent mutuellement.
La projection est donc un geste structurel:
- elle selectionne ;
- elle ordonne ;
- elle relie ;
- elle reconduit un cadre sur un cas ;
- elle produit un nouvel objet de pensee.
Ce point est central. La projection n'est pas une simple deformation subjective du monde. Elle est la forme meme sous laquelle un monde devient pensable pour un sujet situe.
La critique interne de l'abstraction
Ce qui rend le document interessant, c'est qu'il ne celebre jamais l'abstraction de facon naive. A plusieurs reprises, il rappelle qu'une carte n'est pas le territoire et qu'il "n'est toujours pas cela". La formalisation est necessaire, mais elle ne doit pas oublier qu'elle n'est qu'une construction seconde.
Le document propose ainsi une forme rare d'equilibre. Il n'est ni anti-abstraction ni ivre d'abstraction. Il soutient qu'il faut des niveaux, des modeles, des meta-modeles, mais qu'ils n'ont de sens qu'a condition de rester rapportes a ce qui leur resiste.
Une metaphysique du reste
On peut lire ce geste comme une petite metaphysique du reste. Il y a toujours plus dans le reel que dans l'occurrence, plus dans l'occurrence que dans le modele, plus dans le modele que dans sa description rapide. Ce surplus n'est pas un accident provisoire; il est constitutif.
Cette these a de grandes consequences. Elle interdit les pretentions totalisantes. Elle interdit aussi de traiter la formalisation comme une capture definitive. Toute theorie de l'humain qui oublierait ce reste finirait soit par reduire le sujet a un schema, soit par absolutiser ses propres categories.
Ce qui manque encore
Le document devient ici philosophiquement fort, mais aussi tres general. Il ne donne pas encore de criteres precis pour distinguer de bonnes abstractions de mauvaises abstractions. Il montre qu'il y a des niveaux. Il montre qu'il y a de la resistance du reel. Il dit moins bien a quelles conditions une projection est feconde, abusive, dangereuse, ou historiquement situee.
Ce manque importe. Entre une abstraction scientifique utile, une abstraction administrative violente, et une abstraction juridique emancipatrice, les effets ne sont pas les memes. Le document fournit le cadre pour poser la question, pas encore les criteres pour y repondre.
Le schema final de projection
La diapositive de synthese sur la projection a une grande valeur. Elle montre que les niveaux d'abstraction ne sont pas juxtaposes mais co-impliques. Chacun genere et reflechit les autres. Autrement dit, l'analyse humaine n'est pas une montee unique vers le general; c'est un systeme d'ajustements entre couches heterogenes.

Cette image resume tres bien la maturite du PDF. Il ne se contente plus de distinguer des plans; il montre leur interdépendance.
Pourquoi cette etape est decisive
En revenant a la realite au moment meme ou la formalisation est la plus forte, le document s'evite deux impasses:
- l'impasse empiriste, qui oublierait la necessite des abstractions ;
- l'impasse formaliste, qui oublierait leur fond reel.
C'est l'une des raisons pour lesquelles ce PDF reste plus interessant qu'un simple schema MDE applique a l'humain. Il ne remplace jamais entierement l'humain par sa modelisation.
Le pont devient maintenant possible
Apres cette clarification, le passage vers l'informatique peut apparaitre sans contresens majeur. Si l'on a bien compris que la pile n'abolit pas le reel mais organise des prises sur lui, alors la proximite avec les architectures de modelisation logicielle peut devenir productive plutot que reductrice.
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