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Démocratie. Histoire politique d'un mot

Francis Dupuis-Déri — le nom démocratique contre l'histoire représentative


Pourquoi ce livre est central

Le traité est parti d'une intuition : l'ordre des mots peut rendre visible un ordre du pouvoir, à condition de ne jamais prendre la grammaire pour une preuve. L'enquête de Francis Dupuis-Déri fournit ici une médiation décisive. Elle ne déduit pas un régime de l'étymologie du mot démocratie. Elle reconstitue les conflits dans lesquels ce mot a été refusé, revendiqué, redéfini puis installé comme nom presque incontestable des régimes représentatifs.

L'ouvrage porte exactement sur le point où se rencontrent langage et institution. À la fin du XVIIIe siècle, les fondateurs des nouveaux régimes américain et français ne décrivent généralement pas leur projet comme une démocratie au sens d'un peuple assemblé exerçant lui-même le pouvoir. Ils défendent une république représentative, organisée par l'élection et la délégation. Au cours du XIXe siècle, le mot démocratie devient au contraire une ressource positive et finit par qualifier ces mêmes mécanismes représentatifs.

Le changement n'est pas seulement lexical. Si le régime électoral devient la définition ordinaire de la démocratie, demander davantage que l'élection peut être présenté non comme une exigence démocratique, mais comme une menace contre « la démocratie ». Le nom du pouvoir populaire peut alors servir à défendre la limitation de son exercice.

Cette page expose cette thèse comme celle de Dupuis-Déri. Elle en évalue ensuite l'apport et les limites. Elle ne transforme ni son interprétation des fondateurs ni sa qualification des régimes contemporains en faits soustraits à la discussion.

Où l'argument travaille dans les autres chapitres

Ce chapitre est le dernier par sa numérotation, mais son argument est employé bien avant lui. Le lecteur qui souhaite vérifier ce qu'il produit dans chaque partie du traité peut suivre ces points d'application :

Chapitre Ce que l'histoire du mot y modifie
01 — L'ordre des mots L'hypothèse grammaticale cesse d'être une intuition syntaxique : la préséance du substantif républicain reproduit une chronologie. Introduction de l'agoraphobie politique.
02 — Deux généalogies Madison et Sieyès montrent que la distinction république/démocratie était opératoire dans le moment constituant, non seulement dans les traités. L'article premier de 1958 se lit comme sédimentation.
03 — La frontière public/privé La disqualification du peuple assemblé est analysée comme une opération de qualification de même grammaire que le renvoi au privé ; sections et clubs comme contre-publics défaits.
04 — La propriété La protection des propriétés apparaît comme un motif déclaré de la forme représentative, non comme un effet secondaire : le gouvernement privé n'a pas été seulement toléré.
05 — La Constitution L'asymétrie de justiciabilité entre libertés économiques et droits sociaux est rapportée aux conditions politiques de rédaction de 1789 et de 1946.
06 — L'arithmétique du confiscatoire Le seuil chiffré anticipé fonctionne comme un filtre : forme contemporaine, et légale, de la mise hors de portée.
07 — Deux idéaux-types Ajout du péril du nom et de sa version symétrique ; distinction entre titre démocratique et capacités vérifiables.
08 — Instituer la frontière Dixième question de la grille — « quels mots ont déjà tranché ? » — et invariant de contestabilité du titre.

Cette dispersion est volontaire. Une histoire du mot reléguée dans un chapitre d'annexe resterait une curiosité érudite ; distribuée dans les chapitres juridiques, elle devient un instrument de lecture.


L'ouvrage et ses éditions

La première édition paraît chez Lux en 2013 sous le titre complet Démocratie. Histoire politique d'un mot aux États-Unis et en France. La Bibliothèque et Archives nationales du Québec (ouvre dans une nouvelle fenêtre) la décrit comme un ouvrage de 446 pages issu d'une thèse de doctorat soutenue en 2001, The Political Power of Words. Lux en propose une nouvelle édition dans la collection Pollux (ouvre dans une nouvelle fenêtre) en 2025. La pagination et la composition matérielle diffèrent selon les éditions ; la présente lecture suit l'argument et les parties du livre, non une pagination unique.

L'objet doit être nommé précisément : il s'agit d'abord d'une histoire politique du mot, non d'une histoire exhaustive de toutes les institutions démocratiques. Dupuis-Déri étudie les usages stratégiques de démocratie dans deux espaces, les États-Unis et la France, à partir de discours, pamphlets, journaux, correspondances et autres prises de parole. Il demande qui emploie le mot, contre qui, pour désigner quel régime et avec quel effet politique.

La table des matières rend visible le mouvement général : histoire ancienne du mot ; montée du parlementarisme ; opposition des riches à la démocratie ; rivalités entre patriotes victorieux aux États-Unis et en France ; puis hégémonie progressive du discours prodémocratique. L'enquête ne cherche donc pas seulement une définition correcte. Elle suit une lutte pour le droit de définir.


1. Un mot longtemps disqualifié

Dans la reconstruction de Dupuis-Déri, démocratie désigne pendant une très longue période le gouvernement du peuple exerçant directement le pouvoir, notamment par l'assemblée. Cette forme est fréquemment décrite par les penseurs et les élites comme instable, violente ou favorable à la domination des pauvres.

Il ne faut pas embellir rétrospectivement ce sens ancien. Le demos athénien excluait les femmes, les esclaves et les étrangers ; une assemblée peut opprimer, se tromper ou reproduire les hiérarchies sociales de ceux qui y prennent effectivement la parole. Le point historique du livre est plus limité : démocratie et gouvernement représentatif ne furent pas tenus pour synonymes.

2. Des régimes représentatifs construits contre le peuple assemblé

Les révolutions américaine et française renversent ou limitent un pouvoir monarchique, mais leurs institutions nouvelles ne transfèrent pas pour autant l'exercice continu du pouvoir à des assemblées populaires. Elles placent la décision dans des corps représentatifs.

Le contraste est explicite chez Madison. Dans le Federalist n° 10 (ouvre dans une nouvelle fenêtre), il distingue la démocratie, où un petit nombre de citoyens s'assemble et gouverne en personne, de la république, où le gouvernement est délégué à un petit nombre de citoyens élus. La représentation et l'étendue du territoire doivent filtrer les factions et protéger notamment la sécurité des personnes et les droits de propriété. Ce texte ne prouve pas à lui seul l'intention de tous les fondateurs américains ; il établit au moins que, dans une justification majeure de la Constitution de 1787, république et démocratie sont deux formes distinctes.

La France constitutionnelle de 1791 opère un choix analogue par un autre chemin. L'article 6 de la Déclaration de 1789 (ouvre dans une nouvelle fenêtre) admet que les citoyens concourent à la loi personnellement ou par leurs représentants. Mais le titre III de la Constitution du 3 septembre 1791 (ouvre dans une nouvelle fenêtre) dispose que la Nation ne peut exercer ses pouvoirs que par délégation, qualifie la Constitution de représentative et borne les assemblées primaires à leur fonction électorale. Là encore, souveraineté attribuée à la Nation et exercice populaire direct ne coïncident pas.

Dupuis-Déri appelle agoraphobie politique la peur ou la méfiance envers le peuple assemblé. Cette notion ne signifie pas que toute médiation est nécessairement une ruse. Elle désigne un schème argumentatif récurrent : le peuple serait trop passionnel, ignorant, intéressé ou divisé pour gouverner ; la sélection de représentants supposés plus éclairés transformerait ses demandes en intérêt général.

3. Le mot devient une arme populaire

Le mot déprécié peut être retourné. Des acteurs populaires, des clubs, des sections, des mouvements égalitaires et certains adversaires des élites représentatives revendiquent la démocratie pour exiger un pouvoir plus direct, plus contrôlable ou socialement plus égal.

Ce moment est essentiel : l'élite ne décide pas seule de renommer son régime. Le prestige nouveau du terme provient aussi de luttes qui en font un nom désirable. La démocratie devient une promesse de capacité politique pour ceux que l'ordre représentatif maintient à distance.

Les histoires américaine et française ne sont pas identiques. Aux États-Unis, Dupuis-Déri suit notamment la transformation des rivalités partisanes et l'usage électoral croissant du nom démocratique autour de la période jacksonienne. En France, il insiste sur les conflits révolutionnaires, les assemblées populaires et le basculement du XIXe siècle. Une recension universitaire de Diane Lamoureux résume les deux repères proposés par l'ouvrage : les années 1830 aux États-Unis et la révolution de 1848 en France. Cette dernière s'accompagne effectivement de l'instauration du suffrage universel masculin par le décret du 5 mars 1848 (ouvre dans une nouvelle fenêtre).

4. Le régime représentatif conquiert à son tour le nom démocratique

Lorsque démocratie attire et mobilise, les professionnels de la politique ont intérêt à s'en réclamer. L'élection, la représentation et le suffrage élargi ne sont plus décrits comme des alternatives à la démocratie, mais comme sa forme moderne normale. Le peuple est souverain parce qu'il choisit périodiquement ceux qui exerceront le pouvoir en son nom.

La thèse forte de Dupuis-Déri est qu'il ne s'agit pas seulement d'une évolution neutre du dictionnaire. La redéfinition procure une légitimité populaire à des institutions initialement conçues pour tenir le peuple assemblé à distance. Un compte rendu de Simon Tremblay-Pepin (ouvre dans une nouvelle fenêtre) restitue ce trajet : dénigrement initial du mot, revendication par les adversaires populaires, puis redéfinition de l'élection et de la représentation comme démocratie.

Il faut néanmoins éviter d'attribuer un plan unique à deux siècles d'acteurs différents. Récupération, appropriation ou propagande sont des qualifications de l'auteur et de ses lecteurs critiques. Les sources peuvent établir des usages, des changements de vocabulaire et des stratégies situées ; elles ne suffisent pas toujours à prouver une intention coordonnée de tromper.


Deux trajectoires comparées

Question États-Unis France
Forme fondatrice dominante République fédérale représentative ; distinction explicite entre démocratie directe et république chez Madison Souveraineté nationale et Constitution représentative en 1791 ; exercice des pouvoirs par délégation
Crainte centrale attribuée aux élites Factions majoritaires, nivellement économique, instabilité et atteinte à la propriété Peuple assemblé, pression des sections, égalité sociale, instabilité et gouvernement de la multitude
Pratiques ou forces concurrentes Réunions locales, mouvements populaires, oppositions antifédéralistes et mobilisations partisanes Assemblées primaires, sections, clubs, sans-culottes et courants égalitaires
Basculement lexical privilégié par le livre Années 1820-1830 et compétition électorale autour du nom démocratique XIXe siècle, avec 1848 comme moment majeur de légitimation démocratique et de suffrage masculin élargi
Nouvelle équivalence Gouvernement élu = démocratie américaine République représentative fondée sur le suffrage = démocratie

Ce parallèle constitue la force comparative du livre. Il fait apparaître un mécanisme commun sans supposer que les deux révolutions, les structures sociales ou les temporalités seraient identiques.

Il rend également visible un paradoxe. L'élargissement du suffrage est une conquête réelle : davantage de personnes acquièrent un droit égal de choisir et de sanctionner les gouvernants. Mais cet élargissement peut simultanément consolider l'identification de toute la démocratie à l'élection. Une démocratisation du régime représentatif n'est pas nécessairement le gouvernement direct du peuple ; elle n'est pas davantage un événement insignifiant.


La république a historiquement précédé son adjectif démocratique

Le livre donne une profondeur historique à l'expression république démocratique. Dans les cas américain et français, la forme représentative républicaine n'apparaît pas d'abord comme une démocratie simplement adaptée aux grands territoires. Elle est défendue, par plusieurs de ses fondateurs, comme une solution distincte et préférable au peuple gouvernant en assemblée. Le qualificatif démocratique vient ensuite, avec l'élargissement du suffrage et la conquête politique du mot.

Cette séquence ne valide pas mécaniquement l'hypothèse grammaticale du traité. Elle établit quelque chose de plus précis : le substantif républicain et l'adjectif démocratique ont une histoire conflictuelle, et leur association tardive peut masquer l'opposition qui les structurait.

La propriété n'est pas un thème latéral de cette histoire

L'apport le plus lourd pour les chapitres juridiques du traité tient à ce que les sources disent de la propriété.

Il serait possible de lire l'agoraphobie politique comme une méfiance générale envers les foules, également distribuée sur tous les objets. Les textes disent autre chose. Dans le Federalist n° 10 (ouvre dans une nouvelle fenêtre), Madison énonce que « la protection de ces facultés », celles dont naissent les droits de propriété, « est le premier objet du gouvernement », et décrit ce que la république représentative rend moins probable : la fureur du papier-monnaie, l'abolition des dettes, un partage égal des propriétés. Les démocraties, écrit-il, se sont toujours révélées incompatibles avec la sécurité personnelle et les droits de propriété. Du côté français, la Constitution de 1791 indexe la citoyenneté active sur une contribution directe minimale et soumet les électeurs du second degré à des conditions patrimoniales plus élevées.

La conséquence pour le chapitre 4 et le chapitre 5 est directe. La présomption d'autonomie du propriétaire et la charge de justification pesant sur qui veut la limiter ne sont pas de simples techniques juridiques que l'histoire aurait rendues politiques par accident. Elles ont été instituées dans un ordre qui déclarait vouloir soustraire ces décisions au nombre.

Cette conséquence doit être maniée avec la réserve exposée plus bas : une origine ne fixe pas l'avenir, et le suffrage censitaire a été aboli. Ce qui persiste n'est pas une intention, mais une distribution héritée de la charge de la preuve.

La démocratie républicaine devient une exigence, non une simple inversion

Replacer démocratie au premier plan ne peut consister à supprimer toute représentation, tout droit ou toute institution durable. Dupuis-Déri rappelle la puissance politique des assemblées et de l'autogouvernement ; le présent traité ajoute une exigence républicaine de pluralité, de recours, de publicité des raisons et de protection des personnes.

La démocratie républicaine proposée ici n'est donc pas la transcription institutionnelle du livre. Elle lui doit une question préalable : le peuple peut-il seulement sélectionner ses gouvernants, ou peut-il aussi former l'agenda, contrôler les mandats, produire la preuve, contester les qualifications et réviser les frontières du pouvoir ? Elle y ajoute une seconde question : comment cette capacité peut-elle être instituée sans qu'une majorité présente absorbe les droits, les minorités et les espaces de retrait ?

Le mot « démocratie » est une institution métacratique

Le changement de vocabulaire traverse les cinq couches du corpus :

  • SUPRA : la démocratie devient l'horizon positif auquel presque tout régime prétend appartenir ;
  • SUPER : constitutions, lois électorales et doctrines organisent concrètement la souveraineté, la délégation et les droits ;
  • INTER : partis, représentants, médias, école et sciences politiques stabilisent l'équivalence entre vote et démocratie ;
  • INFRA : circonscriptions, financement, bulletins, plateformes et appareils partisans déterminent les choix réellement accessibles ;
  • SUFRA : les expériences d'assemblée, de mandat impératif, de révocation ou d'autogouvernement deviennent des archives marginales que de nouvelles crises peuvent réactiver.

Nommer un régime démocratique produit ainsi un effet de clôture possible : l'institution possède déjà le nom de ce qui pourrait la contester. La critique doit alors reconquérir une distinction entre le titre démocratique et les capacités démocratiques vérifiables.


Une origine antidémocratique ne fixe pas tout l'avenir

Une institution peut acquérir des fonctions nouvelles. Le suffrage universel, les partis de masse, les libertés publiques, les syndicats, les mouvements féministes et antiracistes, les juridictions protectrices des droits et les services publics ont transformé les régimes représentatifs. Rappeler leur architecture initiale ne dispense pas d'étudier ces conquêtes ni leurs effets présents.

Refuser ce point conduirait à un sophisme génétique : déclarer qu'une forme reste intégralement ce qu'elle était à son origine. L'histoire du mot révèle une tension constitutive ; elle ne remplace pas l'analyse contemporaine des institutions.

Le sens ancien n'est pas propriétaire du mot

Les mots changent de sens. La définition directe de la démocratie ne détient pas un droit naturel sur toutes les utilisations futures. La question politique n'est pas de restaurer une pureté lexicale, mais de savoir ce que la redéfinition rend visible ou invisible.

On peut donc employer démocratie représentative à condition de ne pas traiter l'adjectif représentative comme un détail. Il signale une médiation qui peut rendre possible l'action commune à grande échelle, mais aussi concentrer l'agenda, l'expertise et la décision.

Le peuple assemblé n'abolit pas la domination

Une assemblée n'est démocratique que si les personnes affectées peuvent réellement y entrer, parler, comprendre, contester et peser. Le temps disponible, le travail domestique, la richesse, la maîtrise de la langue, le prestige, la violence et l'accès à l'information continuent d'y distribuer le pouvoir.

La critique du gouvernement représentatif doit donc éviter l'image inverse d'un peuple immédiatement présent à lui-même. Le défi métacratique est d'organiser les conditions matérielles et cognitives de l'égalité politique, pas seulement de remplacer l'hémicycle par l'agora.

Deux pays ne résument pas l'histoire mondiale de la démocratie

L'enquête est volontairement circonscrite aux États-Unis et à la France. Elle ouvre des comparaisons ; elle ne prouve pas que le même trajet lexical et institutionnel s'est produit partout. Les communes médiévales, les sociétés autochtones, les révolutions atlantiques, les expériences ouvrières, coloniales et postcoloniales exigent leurs propres sources et chronologies.


Une grille de lecture pour aujourd'hui

Plutôt que de demander abstraitement si un pays « est » ou « n'est pas » une démocratie, l'apport du livre peut être converti en questions vérifiables :

  1. Qui détermine les objets soumis à la décision collective ?
  2. Les citoyens peuvent-ils proposer, amender et abroger, ou seulement choisir entre des offres préparées ?
  3. Les représentants reçoivent-ils un blanc-seing temporaire ou un mandat contrôlable ?
  4. Quelles décisions sont soustraites au débat au nom du privé, de l'expertise, du marché ou de la Constitution ?
  5. Les personnes affectées disposent-elles du temps, des informations et des moyens matériels nécessaires pour participer ?
  6. Existe-t-il des procédures d'initiative, de tirage au sort, de délibération, de révocation, de recours et d'évaluation ?
  7. Les droits protègent-ils les minorités et la dissidence contre la majorité comme contre les gouvernants ?
  8. Le régime accepte-t-il que sa propre qualification démocratique soit publiquement contestée ?

Ces questions ne livrent pas un verdict automatique. Elles empêchent seulement le mot démocratie de servir de certificat qu'une institution se délivrerait à elle-même.


La neuvième proposition

Dupuis-Déri oblige ce traité à corriger son point de départ. L'ordre des mots n'est pas seulement une intuition grammaticale contemporaine. Il est le résultat provisoire d'une lutte historique pour nommer le régime représentatif.

La république démocratique peut désormais être lue comme une sédimentation : une république construite autour de la représentation, puis démocratisée par des conquêtes réelles, enfin autorisée à porter le nom de démocratie. Cette histoire lui donne des droits, des élections et des contre-pouvoirs ; elle lui transmet aussi une distance structurelle entre souveraineté déclarée et exercice du pouvoir.

La démocratie républicaine ne promet pas d'abolir cette distance par la magie de l'assemblée. Elle exige que toute délégation demeure une relation politique contrôlable, que les citoyens puissent rouvrir l'agenda et que les institutions ne confisquent pas le sens du mot qui les légitime.

Le livre ne fournit donc pas le dernier mot. Il retire au régime le privilège de le posséder.


Sources commentées


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