Qwantify en 2014 et 2015 : lancer un crawler ne signifie pas disposer d'un moteur autonome
Conclusion probatoire
La capture reproduite ci-dessous documente une trace publique de la chaîne d'agent utilisateur
Qwantify/1.0en 2015. La chronologie locale consacrée aux embauches et à Qwantify établit cependant une observation antérieure : Udger avait enregistréQwantify/2.0nle 1er novembre 2014 à 12:10:09.Elle ne démontre ni la qualité de son génie logiciel, ni son bon fonctionnement, ni le volume de pages parcourues, ni leur stockage, ni la construction d'un index, ni l'utilisation de cet index pour répondre aux requêtes des internautes. Elle ne prouve pas davantage qu'il s'agit du tout premier passage de ce robot.
La formulation rigoureuse est par conséquent : la première observation retrouvée de
Qwantifydate du 1er novembre 2014, environ vingt mois après le lancement public de Qwant, après l'arrivée déclarée de Thomas Massière en janvier 2014, l'entrée d'Axel Springer au capital en juin et l'embauche de Frédéric Luddeni en août. La capture particulière ci-dessous documente la poursuite de cette activité en 2015. Ces traces établissent un crawl ; elles n'établissent ni un index opérationnel ni un moteur autonome.
1. La pièce

Capture d'une recherche Google portant sur l'agent utilisateur Qwantify/1.0. Le résultat, affiché par Google comme publié le 6 novembre 2015, renvoie vers un fichier intitulé awstats102015.audityap.org.txt. Son extrait fait apparaître Qwantify/1.0 suivi de la chaîne numérique 20151029172954, compatible avec un horodatage au 29 octobre 2015 à 17 h 29 min 54 s. Cette capture n'est pas la première trace chronologique retrouvée : l'archive Udger en conserve une du 1er novembre 2014.
La pièce est une capture d'un résultat Google, et non le fichier AWStats original ni le journal brut du serveur visité. Elle établit directement que Google affichait un document contenant la chaîne Qwantify/1.0. L'interprétation selon laquelle cette chaîne correspond à un passage effectif du crawler de Qwant est cohérente avec :
- le nom du fichier, qui désigne des statistiques AWStats d'octobre 2015 ;
- la structure de l'extrait, compatible avec des données de fréquentation horodatées ;
- l'enregistrement par Udger de la variante
Qwantify/2.0ndès le 1er novembre 2014 ; - la description actuelle de Qwant, selon laquelle ses robots d'indexation appartiennent à la famille « Qwantify ».
Cette convergence rend l'hypothèse d'un passage du robot plausible et fortement soutenue. Elle ne remplace toutefois pas l'examen du journal serveur original, qui permettrait de contrôler l'adresse IP source, l'horodatage, les URL demandées, les codes de réponse et la fréquence des requêtes.
2. Ce que cette trace établit
La capture apporte un élément précis et limité : un logiciel utilisant l'agent utilisateur Qwantify/1.0 a laissé une trace rendue publique en 2015. Elle corrobore, sans la remplacer, la trace Qwantify/2.0n enregistrée par Udger en novembre 2014.
À ce niveau, on peut raisonnablement parler d'une activité de crawl : un crawler commence par envoyer des requêtes HTTP vers des pages Web, et l'agent utilisateur sert à l'identifier auprès des serveurs visités.
Cette trace est importante pour la chronologie. Qwant avait ouvert sa version bêta au public en février 2013. Le 21 février 2013, après la révélation de son recours aux API de Bing, Éric Léandri affirmait déjà que Qwant possédait sa propre technologie d'indexation et son propre algorithme de classement. Selon le récit alors publié par Numerama, Qwant devait commencer « dès la semaine suivante » à substituer progressivement ses technologies à Bing afin de parvenir à une autonomie totale.
La chronologie consolidée matérialise le passage d'un robot identifiable comme Qwantify à compter du 1er novembre 2014. Elle fait donc apparaître un décalage d'environ vingt mois entre :
- le lancement public du produit et l'annonce d'une technologie propre appelée à remplacer rapidement Bing ;
- la première observation retrouvée d'un crawler portant le nom de Qwant.
Cette chronologie ne prouve pas qu'aucun crawler interne, expérimental ou utilisant un autre nom n'ait existé auparavant. Elle établit en revanche que le dossier ne contient pas, pour 2013, de trace comparable à l'observation Udger de novembre 2014 et aux traces serveur de 2015.
3. La pièce chronologique sur Massière, Axel Springer, Luddeni et Qwantify
La pièce Chronologie_Embauches_Luddeni_Massiere_Qwantify.md rassemble les sources locales, professionnelles et archivées relatives aux deux ingénieurs et au crawler. Elle conduit à retenir quatre jalons :
- Janvier 2014 — Thomas Massière. Son profil professionnel public situe le début de son activité chez Qwant en janvier 2014. La date semble normalisée au premier jour du mois et ne doit donc pas être présentée comme une embauche certaine le 1er janvier. L'inventaire Git le fait apparaître sous l'adresse
thomas.m@qwant.comdès le 28 mai 2014. Le procès-verbal du 8 décembre 2014 confirme ensuite sa présence parmi les bénéficiaires de 3 000 BSPCE. - 18-19 juin 2014 — Axel Springer. Bloomberg annonce l'opération le 18 juin. Le communiqué officiel d'Axel Springer du 19 juin 2014 (ouvre dans une nouvelle fenêtre) confirme l'acquisition par Axel Springer Digital Ventures d'une participation minoritaire de 20 %. Il précise qu'à cette date Qwant comptait 25 salariés.
- Août 2014 — Frédéric Luddeni. Un courriel conservé dans le corpus corrige explicitement sa date d'embauche : « il a été embauché en aout 2014 ». Une autre extraction l'attribue à sa fiche LinkedIn. Sa première activité Git retrouvée date du 14 octobre 2014. Le procès-verbal du 8 décembre 2014 le mentionne parmi les bénéficiaires de 2 000 BSPCE.
- 1er novembre 2014 à 12:10:09 — Qwantify. Une copie archivée de l'ancienne fiche Udger enregistre à cet instant la variante
Mozilla/5.0 (compatible; Qwantify/2.0n; +https://www.qwant.com/), classée comme robot de moteur de recherche. Udger recense cinq adresses IP et une dernière observation de cette variante le 13 février 2015.
Cette pièce confirme donc que Frédéric Luddeni a été embauché après l'entrée d'Axel Springer au capital, mais que Thomas Massière travaillait déjà chez Qwant avant cette opération, selon son profil et sa trace Git de mai 2014.
La succession entre l'embauche de Luddeni en août et l'observation de Qwantify en novembre est établie. Elle ne démontre pas que Luddeni ou Massière aurait conçu, lancé ou exploité le crawler. Une chronologie ne constitue pas, à elle seule, une preuve de causalité ou d'attribution technique.
La portée exacte de la donnée Udger doit également rester circonscrite : « First seen » désigne la première observation enregistrée dans la base Udger. Cette mention ne prouve ni que Qwantify n'avait jamais fonctionné auparavant, ni qu'aucun autre serveur ne l'avait observé, ni que le 1er novembre correspond à son tout premier crawl réel.
La séquence documentée est : Thomas Massière en janvier 2014 ; Axel Springer en juin ; Frédéric Luddeni en août ; première observation Udger de Qwantify le 1er novembre ; présence des deux ingénieurs parmi les bénéficiaires de BSPCE le 8 décembre.
4.1. Un agent utilisateur n'authentifie pas à lui seul son auteur
Une chaîne d'agent utilisateur peut être choisie ou imitée par n'importe quel client HTTP. Sans le journal original et sans vérification de l'adresse IP, la capture seule ne permet pas d'attribuer techniquement la requête à une machine contrôlée par Qwant avec une certitude absolue.
4.2. Crawler ne signifie pas stocker
Un programme peut demander une page sans conserver son contenu. La pièce ne dit rien sur :
- la réussite de la requête ;
- le téléchargement complet de la page ;
- l'extraction de son texte et de ses liens ;
- la conservation du contenu ;
- la déduplication et le rafraîchissement des données.
4.3. Stocker ne signifie pas indexer
Même si des pages ont été téléchargées et conservées, la pièce ne démontre pas la construction d'un index interrogeable. Elle ne renseigne ni le nombre de documents indexés, ni leur fraîcheur, ni la couverture linguistique et géographique, ni les capacités de recherche et de classement.
4.4. Indexer ne signifie pas servir les résultats en production
Un index peut exister à titre de prototype ou de test sans être relié aux requêtes réelles des utilisateurs. La capture ne permet donc pas de savoir si les résultats Web affichés par Qwant provenaient de cet éventuel index, de Bing, d'un mélange des deux ou d'un cache.
4.5. Une occurrence ne mesure ni l'échelle ni la fiabilité
Un passage unique ne dit rien d'un système industriel. Il ne démontre ni un crawl continu, ni une infrastructure distribuée, ni un débit suffisant, ni une stratégie de priorité, ni la tolérance aux pannes, ni la pertinence du classement. Il constate une activité ; il n'évalue pas un moteur de recherche.
5. La chronologie documentée
| Date | Élément documenté | Portée |
|---|---|---|
| Février 2013 | Qwant ouvre sa bêta au public. Un article de lancement rapporte que Qwant revendique déjà son propre index, complété au besoin par des résultats externes. | Le produit et la revendication d'une capacité propre précèdent les traces de Qwantify retrouvées. |
| 21 février 2013 | Numerama décrit Qwant comme reposant alors essentiellement sur les API de Bing. Éric Léandri affirme l'existence d'une technologie propre d'indexation et annonce une substitution progressive à Bing, dès la semaine suivante, jusqu'à l'autonomie totale. | Établit le contenu et la précocité de la promesse technologique. |
| Janvier 2014 | Un profil professionnel public situe le début de l'activité de Thomas Massière chez Qwant. | Date disponible au mois, sans preuve d'une embauche intervenue précisément le 1er janvier. |
| 28 mai 2014 | L'inventaire local du dépôt Git relève la première activité de thomas-massiere sous l'adresse thomas.m@qwant.com. |
Trace technique antérieure de trois semaines à l'annonce d'Axel Springer ; elle ne vaut pas contrat de travail ni preuve certaine de la date d'embauche. |
| 18-19 juin 2014 | Bloomberg annonce l'opération le 18 juin. Le lendemain, Axel Springer confirme officiellement l'acquisition de 20 % de Qwant par Axel Springer Digital Ventures. | Établit l'entrée de l'investisseur au capital entre la promesse technologique de 2013 et la première observation Udger de Qwantify en novembre 2014. |
| Août 2014 | Un courriel conservé dans le corpus indique explicitement que Frédéric Luddeni a été embauché en août 2014. | Date d'embauche retenue, sans jour précis retrouvé. |
| 14 octobre 2014 | L'inventaire local du dépôt Git relève les premiers commits de fluddeni avec son adresse personnelle. |
Corrobore une activité de Frédéric Luddeni sur le code Qwant à partir de cette date, sans démontrer que ces commits concernent le crawler. |
| 1er novembre 2014 à 12:10:09 | L'ancienne fiche Udger, conservée par Internet Archive, enregistre pour la première fois Qwantify/2.0n. |
Première observation retrouvée dans la base Udger ; elle ne prouve pas le premier démarrage réel du crawler. |
| 8 décembre 2014 | Le procès-verbal recensé dans la pièce chronologique attribue 3 000 BSPCE à Thomas Massière et 2 000 à Frédéric Luddeni. | Confirme la présence des deux personnes chez Qwant à cette date. |
| Mars 2015 | Un autre répertoire public de robots indique avoir observé Qwantify pour la première fois dans sa propre base en mars 2015. |
Indice secondaire corroborant l'activité antérieure au prêt BEI ; il ne remet pas en cause l'observation Udger de novembre 2014. |
| Août 2015 | Les statistiques Web publiques de carbonfootprint.com comptabilisent 929 occurrences de Qwantify/2.1 et 20 de Qwantify/1.0. |
Trace publique de crawl antérieure à l'accord BEI et plus robuste qu'une occurrence isolée. |
| 27 octobre 2015 | Lors de la conférence numérique franco-allemande, Qwant signe avec la Banque européenne d'investissement un accord lui donnant accès à un prêt de 25 millions d'euros. Le communiqué de la BEI rattache le financement à Horizon 2020 et InnovFin. | Le financement est accordé après les traces publiques d'août 2015. |
| 29 octobre / 6 novembre 2015 | La capture reproduite fait apparaître une donnée compatible avec un passage le 29 octobre dans des statistiques d'octobre ; Google date le résultat du 6 novembre. | Cette capture particulière est postérieure à l'accord BEI ; l'observation Udger de novembre 2014 la précède de près d'un an. |
Les sources et limites propres aux dates de janvier, août, novembre et décembre 2014 sont détaillées dans la pièce chronologique intégrée. Les traces Git complémentaires figurent dans l'inventaire local des contributeurs. Elles documentent une activité sur le dépôt ; elles ne suffisent pas, à elles seules, à dater les contrats de travail ni à attribuer la conception du crawler à l'un de ces contributeurs.
6. La place du prêt de la BEI
Le communiqué de la Banque européenne d'investissement présente Qwant comme un moteur qui « indexe, contextualise et classe » les contenus du Web. Il indique que le financement de 25 millions d'euros est fourni dans le cadre d'Horizon 2020 et du programme InnovFin destiné aux projets de recherche et d'innovation.
Le rapprochement avec la capture est chronologiquement frappant : la chaîne compatible avec le 29 octobre 2015 apparaît deux jours après la signature annoncée le 27 octobre. Il serait néanmoins incorrect d'en déduire que Qwant n'a lancé son crawler qu'après avoir obtenu le prêt. L'observation Udger du 1er novembre 2014, puis les statistiques d'août 2015, démontrent que des variantes de Qwantify circulaient déjà.
Ce que la chronologie autorise à dire est plus précis :
Qwant a été lancé publiquement en 2013 en affirmant disposer d'une technologie propre appelée à conduire rapidement à l'autonomie. Thomas Massière déclare avoir rejoint Qwant en janvier 2014. Axel Springer est entré au capital en juin et Frédéric Luddeni a été embauché en août. Udger a enregistré
Qwantify/2.0nle 1er novembre 2014. Cette trace montre que Qwant avait commencé à parcourir le Web au plus tard à cette date ; elle ne démontre ni un index opérationnel ni un moteur autonome. Le prêt BEI a été signé près d'un an plus tard ; la capture produite ici, prise isolément, est postérieure à sa signature.
La question pertinente n'est donc pas seulement : « un robot Qwant avait-il commencé à envoyer des requêtes au plus tard en novembre 2014 ? » La réponse est oui, selon les traces publiques retrouvées. La question industrielle et probatoire est : ce crawl alimentait-il une chaîne complète, fiable, dimensionnée et effectivement utilisée en production — collecte, stockage, indexation, classement et restitution — correspondant à l'autonomie annoncée depuis 2013 ? La présente pièce ne permet pas d'y répondre.
Sources
- Pièce locale — « Chronologie : Frédéric Luddeni, Thomas Massière et le crawler Qwantify » ;
- Numerama, « Qwant va déployer son propre moteur de recherche », 21 février 2013 (ouvre dans une nouvelle fenêtre) ;
- WebRankInfo, « Lancement de Qwant, nouveau moteur de recherche français », février 2013 (ouvre dans une nouvelle fenêtre) ;
- Bloomberg, « Axel Springer Said to Buy Stake in Privacy-Focused Website Qwant », 18 juin 2014 (ouvre dans une nouvelle fenêtre) ;
- Axel Springer, communiqué confirmant l'acquisition d'une participation minoritaire de 20 % dans Qwant, 19 juin 2014 (ouvre dans une nouvelle fenêtre) ;
- WebRobots, fiche d'observation de l'agent utilisateur
Qwantify(ouvre dans une nouvelle fenêtre) ; - statistiques Web de
carbonfootprint.com, agents utilisateurs d'août 2015 (ouvre dans une nouvelle fenêtre) ; - Banque européenne d'investissement, « EIB provides EUR 25 million for start-up Qwant », octobre 2015 (ouvre dans une nouvelle fenêtre) ;
- L'Usine Digitale, « Qwant : 25 millions d'euros pour passer de moteur de recherche français à moteur de recherche européen », 28 octobre 2015 (ouvre dans une nouvelle fenêtre) ;
- profil professionnel public de Frédéric Luddeni (ouvre dans une nouvelle fenêtre) ;
- profil professionnel public de Thomas Massière (ouvre dans une nouvelle fenêtre) ;
- Internet Archive, copie du 23 avril 2016 de l'ancienne fiche Udger consacrée à Qwantify (ouvre dans une nouvelle fenêtre) ;
- Qwant, modalités actuelles de référencement et identification de la famille de robots
Qwantify(ouvre dans une nouvelle fenêtre).