Qwant en 2020 : index figé, liens morts et crise informationnelle
Conclusion documentaire
L’enquête de Jean-Marc Manach publiée le 1er avril 2020 montre un moteur de recherche à deux vitesses : des modules latéraux d’actualités et de réseaux sociaux qui pouvaient être récents, mais une colonne principale attribuée à l’index propre de Qwant qui, pour les requêtes testées, restait largement alimentée par des pages de l’été ou de l’automne 2019. La comparaison visuelle entre octobre 2019 et mars 2020, les nombreuses pages disparues et le retard spectaculaire sur la requête
coronavirusconstituent des indices forts d’une chaîne de rafraîchissement défaillante.Le jeu de données le plus large n’a cependant pas été produit par Next INpact, mais par Marc Longo. Son suivi de 588 mots-clés aboutit à 2 282 résultats indisponibles sur 29 400, soit 7,8 %, et à 463 requêtes sur 588, soit 78,7 % après recalcul, sans modification visible en février 2020. Le journaliste précise ne pas avoir vérifié l’intégralité de ce corpus, tout en indiquant en avoir confirmé manuellement plusieurs exemples. Ces nombres sont donc des résultats tiers partiellement corroborés, non une mesure indépendante et exhaustive de l’ensemble du moteur.
La pièce documente aussi des réécritures de requêtes visibles dans les flux HTTP et le classement très élevé de contenus qualifiés de complotistes dans certains résultats liés au Covid-19. Elle met ainsi en évidence des problèmes de pertinence, de modération et de transparence. Elle ne prouve toutefois ni que chaque réécriture a été effectuée manuellement, ni une intention politique, ni que Qwant approuvait les contenus classés, ni la cause technique exacte des anomalies.
La conclusion rigoureuse est donc la suivante : au début de 2020, Qwant disposait d’un index partiel réellement visible, mais l’enquête apporte des éléments convergents montrant que cet index était, sur l’échantillon étudié, insuffisamment rafraîchi, mal purgé et ne paraissait pas capable de soutenir seul la promesse d’un moteur généraliste autonome et de qualité. Elle établit une faiblesse industrielle observable ; elle n’établit ni l’absence de toute technologie propre, ni une fraude, ni une infraction.
1.1. Identification de la pièce
| Élément | Constat |
|---|---|
| Fichier analysé | Nextinpact_qwant_2020_resultats_datés.pdf |
| Taille | 7 315 536 octets |
| Empreinte SHA-256 | F3772D19E3F63C20F37A3233CF11A6AF929D2AE834FC49221E60C635E479AB43 |
| Pagination | 20 pages |
| Article reproduit | « Qwant : des résultats (encore) datés, des erreurs (404) et des complots » |
| Auteur | Jean-Marc Manach |
| Publication affichée | 1er avril 2020 à 16 h 18 |
| Média | Next INpact, devenu Next |
| Article d’origine | Version publiée par Next (ouvre dans une nouvelle fenêtre) |
| Fabrication de la copie | Impression PDF du 31 juillet 2026 |
| Producteur déclaré | Microsoft Print To PDF |
| Auteur déclaré dans les métadonnées | serard |
La date de 2026 est celle de la capture locale, pas celle de l’enquête. Le PDF conserve une page web publiée en 2020, mais il ne constitue pas un fichier natif daté et signé par le média en 2020. En l’absence d’une empreinte contemporaine ou d’une archive horodatée jointe à cette pièce, il prouve directement ce qui figurait dans la page capturée en 2026 et documente secondairement l’état de la publication d’origine.
La couche texte du PDF omet certains passages typographiés en italique ou porteurs de liens. Les vingt pages ont donc été contrôlées à partir de leur rendu visuel, notamment pour les citations, les tableaux et les captures d’écran. Les références [PDF, p. n] désignent la pagination imprimée dans le document.
1.2. Trois niveaux de source à ne pas confondre
L’article rassemble des éléments de nature différente :
- les propres essais de Next INpact : requêtes, comparaisons avec Bing et captures réalisées en octobre 2019 puis fin février-début mars 2020 ;
- les relevés de Marc Longo : suivi quotidien de 588 mots-clés en février, synthétisé dans un tableur dont le PDF ne reproduit que des extraits ;
- des constats institutionnels rapportés par d’autres médias : notamment les résultats d’audit attribués à la DINUM et précédemment publiés par Acteurs publics.
Cette gradation commande la portée des conclusions. Une capture de la page de résultats observée par le journaliste constitue une observation directe du service accessible au public à un instant donné. Un pourcentage issu du tableur de Marc Longo est une donnée attribuée à un tiers, même lorsque plusieurs cas ont été revérifiés. Une phrase relative à l’audit DINUM, reprise d’un autre article sans le rapport natif, est une information de presse secondaire.
2. Chronologie de l’état observé
| Date ou période | Événement rapporté | Portée |
|---|---|---|
| été 2019 | Après une précédente enquête sur des résultats datant de 2017, Qwant reconnaît un problème de cache et une erreur d’adressage ayant réactivé un ancien index. | Réponse publique antérieure de Qwant, rappelée par le journaliste ; elle n’explique pas les constats de 2020. [PDF, p. 1] |
| fin juillet 2019 | Un premier audit interministériel ne parvient pas, selon les extraits rapportés, à mesurer complètement le recours réel à Bing ni à exclure un scénario de dépendance quasi totale. | Information reprise d’Acteurs publics ; le rapport natif n’est pas annexé. [PDF, p. 2] |
| 25 septembre 2019 | Le second contrôle attribue 36 % des requêtes à l’index Qwant et, par différence, 64 % à Microsoft selon l’article. | Indicateur ponctuel dont le dénominateur et la méthode complète restent à produire. [PDF, p. 2] |
| début octobre 2019 | Next INpact enregistre des pages de résultats sur des requêtes courantes. | Premier état de la comparaison longitudinale. [PDF, p. 2] |
| janvier 2020 | Une nouvelle direction se met en place ; l’État annonce le déploiement de Qwant par défaut dans l’administration. | Changement de gouvernance et décision institutionnelle contemporains des problèmes observés. [PDF, p. 2, 17-18] |
| février 2020 | Marc Longo suit quotidiennement 588 mots-clés ; Next INpact reprend ensuite sa synthèse. | Base du calcul des liens morts et des modifications visibles. [PDF, p. 12-14] |
| fin février-début mars 2020 | Le journaliste renouvelle ses requêtes et les compare aux captures d’octobre. | Deuxième état de la comparaison. [PDF, p. 2, 6-7] |
| 6 mars 2020 | Qwant est interrogé sur la fraîcheur, Bing, les erreurs et les réécritures de requêtes. | La société transmet une réponse générale mais ne répond pas point par point. [PDF, p. 17, 19-20] |
| 10 mars 2020 | Les résultats principaux de la requête coronavirus sont soudainement modifiés. |
Le Covid-19 apparaît enfin dans la colonne Web principale, mais avec de nombreux contenus encore anciens. [PDF, p. 8] |
| 11 mars 2020 | La DINUM publie une note sur l’installation par défaut d’un moteur respectueux de la vie privée. | La note invoque des critères juridiques et techniques ; l’article ne permet pas de savoir si la fraîcheur et la pertinence ont été auditées. [PDF, p. 17-18] |
| 16-27 mars 2020 | Les résultats Covid restent en retard puis font remonter plusieurs vidéos décrites comme complotistes ou relevant du charlatanisme. | Test de la qualité du classement pendant une crise informationnelle rapide. [PDF, p. 9-11] |
| 1er avril 2020 | Publication de l’enquête. | Photographie journalistique de l’état visible de Qwant au début de la nouvelle direction. [PDF, p. 1] |
Cette chronologie interdit deux raccourcis. Les relevés ne décrivent pas l’ensemble de l’année 2020 et ne préjugent pas des améliorations ultérieures. Inversement, le changement de direction de janvier ne fait pas disparaître l’intérêt des constats : ils décrivent précisément le produit dont elle hérite au moment où l’administration prévoit de le généraliser.
3. Un moteur composite : actualités récentes, colonne Web ancienne
L’article distingue plusieurs zones de la page de résultats. La colonne de droite consacrée aux actualités et aux réseaux sociaux pouvait afficher des contenus récents alors que la colonne Web principale restait ancienne. Pour coronavirus, un bloc sanitaire ajouté séparément renvoyait également vers le Gouvernement et l’OMS avant que les cinquante résultats organiques ne traitent du nouveau virus. [PDF, p. 8]
Cette distinction est techniquement décisive. Elle montre que Qwant n’était pas uniformément figé : différents modules pouvaient relever de fournisseurs, d’index ou de chaînes de mise à jour distincts. Une page globalement actuelle pouvait donc masquer un index Web propre beaucoup moins frais.
Le journaliste compare ses pages de résultats avec celles de Bing afin d’isoler ce qu’il attribue à Qwant. Il indique en outre que les rares résultats de 2020 obtenus en multipliant les mots-clés et les filtres ressemblaient alors à ceux de Bing. [PDF, p. 7] Cette méthode rend plausible la distinction entre les deux sources, mais la similarité ou la dissemblance des classements ne remplace pas un journal de provenance fourni par le moteur.
4.1. Les observations directes de Next INpact
Les requêtes choisies portent principalement sur des usages quotidiens et sensibles à la date : programme télévisé, replay, résultats de jeux ou de courses, pronostics hippiques, sorties, cinéma ou événements du jour. L’article relève des résumés renvoyant encore à juin, juillet, août, septembre ou octobre 2019, et parfois à des années antérieures. [PDF, p. 3-6]
L’illustration la plus forte juxtapose la requête ce soir à la télé du 11 octobre 2019 et celle du 2 mars 2020. Les liens, leur ordre et plusieurs résumés datés restent largement les mêmes. [PDF, p. 7] Ce rapprochement montre une absence de renouvellement matériellement visible sur cet exemple pendant près de cinq mois.
Le journal écrit n’avoir trouvé aucun résultat de 2020 dans les requêtes de cette première série et évoque des centaines de requêtes étudiées. Le PDF ne publie toutefois ni la liste exhaustive, ni les paramètres complets, ni les réponses brutes. La portée exacte est donc :
Un ensemble important de requêtes courantes testées par le journaliste produisait encore, fin février-début mars 2020, des résultats majoritairement datés de 2019 ou plus anciens. Cette observation ne permet pas d’affirmer que toutes les requêtes de Qwant étaient figées.
4.2. Un résultat ancien ne localise pas à lui seul la panne
L’article suggère parfois que le crawler n’est pas repassé sur une page. C’est une hypothèse possible, mais non la seule. La chaîne d’un moteur comprend au moins :
- l’exploration et le téléchargement de la page ;
- l’analyse et la détection des changements ;
- l’intégration dans l’index ;
- le calcul du classement et du résumé ;
- la mise en cache et le service de la page de résultats.
| Symptôme visible | Ce qu’il soutient | Ce qu’il ne permet pas de trancher |
|---|---|---|
| Résumé daté malgré une page source modifiée | Le résultat servi n’intègre pas la version récente | Le crawler n’est jamais revenu, le changement a été ignoré, l’indexation a échoué ou le résumé est resté en cache |
| Même ordre entre octobre et mars | Aucune évolution importante n’est visible sur cette SERP | Aucun document nouveau n’a été exploré ou ajouté ailleurs dans l’index |
| Lien devenu 404 | Le moteur sert encore une URL indisponible | La page avait déjà disparu lors de sa dernière exploration ou elle est devenue indisponible après celle-ci |
| Résultats récents proches de Bing | Une origine Microsoft est plausible | La provenance exacte de chaque résultat sans trace interne ou marqueur technique |
La conclusion technique la plus sûre porte donc sur la sortie servie à l’utilisateur : elle était ancienne et insuffisamment purgée. Identifier précisément une défaillance du crawler, de l’indexeur, du classement ou du cache nécessite des journaux et métriques internes absents du PDF.
5.1. Les résultats chiffrés rapportés
Selon l’article, Marc Longo a interrogé quotidiennement en février les pages de résultats correspondant à 588 mots-clés. La synthèse porte sur cinquante résultats par requête, soit 29 400 positions ou URL analysées. [PDF, p. 12-14]
| Indicateur | Résultat publié | Lecture exacte |
|---|---|---|
| Résultats conduisant à une erreur 404 ou à un site ne répondant plus | 2 282 sur 29 400 | 7,8 %, arrondi à 8 % dans l’intertitre |
| Mots-clés sans aucune modification visible en février | 463 sur 588 | 78,7 % après recalcul ; l’article imprime 78,8 % et arrondit à 80 % dans l’intertitre |
| Mots-clés avec au moins une modification | 125 sur 588 | 21,3 % après recalcul ; l’article imprime 21,2 % |
| Mots-clés avec au moins quatre modifications | 24 sur 588 | 4,1 %, soit environ 4 % |
Les taux les plus élevés reproduits dans le PDF sont notamment de 74 % de liens indisponibles pour itinéraire michelin, 72 % pour time2watch, 58 % pour cuisine ikea et colissimo suivi, 50 % pour itinéraire mappy et 44 % pour mappy itinéraires. [PDF, p. 12-13]
Les effectifs 463 + 125 correspondent bien aux 588 mots-clés annoncés. Les écarts d’un dixième proviennent donc du calcul ou de l’arrondi publié, sans modifier l’ordre de grandeur du constat.
La feuille montre également des pourcentages de similarité avec Bing et Google. Le journaliste s’appuie sur leur faiblesse pour attribuer les résultats les plus dégradés à l’index de Qwant. Il estime à l’inverse qu’environ la moitié des 24 requêtes ayant connu au moins quatre changements provenait très probablement de Bing. [PDF, p. 13-14]
5.2. Une corroboration partielle, pas une réplication
Next INpact formule explicitement la limite : le journal n’a pas vérifié l’intégralité des pages analysées par Marc Longo. Il dit avoir testé plusieurs d’entre elles manuellement et avec une extension de détection des liens cassés, confirmant un nombre élevé de pages indisponibles. [PDF, p. 14]
Cette précision évite de transformer les 29 400 résultats en mesure certifiée par deux sources indépendantes :
- Marc Longo constitue la source du tableur et des calculs ;
- Next INpact apporte des contrôles ponctuels convergents ;
- le PDF ne joint ni le fichier brut, ni la liste complète des URL, ni les horodatages quotidiens, ni la règle de traitement des erreurs temporaires, redirections ou doublons ;
- les 588 mots-clés ne sont pas présentés comme un échantillon aléatoire représentatif de toutes les recherches.
Les chiffres ont donc une valeur descriptive forte sur le corpus suivi, mais leur généralisation à l’ensemble du trafic doit rester prudente.
5.3. Déplacer de vieux résultats n’est pas rafraîchir l’index
L’article distingue une modification de la SERP de l’arrivée d’une page nouvelle. Pour les requêtes attribuées à Qwant, les changements observés consistaient surtout à réordonner des liens anciens ou à remplacer un ancien résultat par un autre résultat également daté. Aucun ajout clairement indexé après novembre 2019 n’aurait été identifié dans cette partie du corpus. [PDF, p. 14]
Cette distinction est pertinente : un compteur de « modifications » peut augmenter alors que la fraîcheur documentaire ne progresse pas. Pour apprécier l’état industriel d’un moteur, il faudrait au minimum séparer :
- les changements d’ordre ;
- les nouveaux documents ;
- les nouvelles versions de documents déjà connus ;
- les suppressions d’URL mortes ;
- les bascules entre l’index propre et un fournisseur tiers.
Le PDF ne fournit pas ces métriques internes. Il montre en revanche que le simple mouvement des positions ne suffit pas à réfuter l’impression d’un index figé.
6.1. Jusqu’au 10 mars : le nouveau virus absent de la colonne Web
Avant le 10 mars 2020, la page coronavirus comportait un bloc sanitaire renvoyant vers les sites du Gouvernement et de l’OMS, ainsi que quelques actualités et tweets dans une colonne séparée. Mais aucun des cinquante résultats Web principaux reproduits par le journaliste ne portait sur le Covid-19. Ils concernaient notamment le MERS-CoV, le SRAS ou des pages anciennes. [PDF, p. 8]
L’intertitre affirmant que le nouveau coronavirus « n’est apparu sur Qwant que le 10 mars » doit donc être lu précisément : il s’agit de son apparition dans la colonne organique principale étudiée, non d’une absence absolue sur toute l’interface Qwant.
Le 10 mars, plusieurs résultats nouveaux apparaissent, mais des articles de janvier et d’anciens coronavirus restent très présents. Le 16 mars, le seul article cité sur la propagation en France date encore du 24 janvier, malgré l’accélération majeure de l’épidémie. [PDF, p. 8-9]
6.2. Des contenus complotistes très visibles
Fin mars, l’article relève dans les premières positions ou dans le filtre des résultats du dernier mois plusieurs vidéos attribuées à des auteurs que le journaliste décrit comme complotistes, médiums, promoteurs de fausses informations ou figures du charlatanisme. Les exemples successifs occupent parfois la troisième ou la quatrième place. [PDF, p. 9-11]
Ces captures soutiennent un défaut de pertinence et de hiérarchisation sur une requête sanitaire majeure. Elles ne permettent pas d’écrire que Qwant adhérait à ces thèses. Un moteur classe des documents produits par des tiers ; leur présence élevée révèle un problème de qualité ou de garde-fous, pas une approbation éditoriale automatique.
Le PDF ne documente pas non plus la provenance technique de chacun de ces résultats. Pour attribuer formellement le classement à l’index Qwant, à Bing ou à un autre composant, il faudrait les réponses brutes et leurs marqueurs de source.
6.3. Pourquoi ce cas est plus probant qu’une simple requête de loisir
Une page de programme télévisé ancienne révèle un défaut de fraîcheur. La requête coronavirus en révèle le coût informationnel :
- le sujet évoluait d’heure en heure ;
- des contenus sanitaires anciens devenaient matériellement trompeurs par décalage de contexte ;
- l’absence de documents récents réduisait l’accès à l’information utile ;
- la remontée de vidéos conspirationnistes exposait l’utilisateur à une information de faible qualité au moment où les conséquences pouvaient être importantes.
Le cas Covid agit ainsi comme un test de résistance de l’index, du classement et de la modération face à une actualité imprévisible. Sur les dates observées, ce test est défavorable à Qwant.
7.1. Ce que les captures montrent
L’article compare le texte saisi par l’utilisateur au champ query visible dans une réponse inspectée avec les outils de développement du navigateur. Il montre notamment :
mère et filstransformé enmère et fils film;incestetransformé eninceste définition;prostatecomplété par un terme d’exclusion pornographique ;- plusieurs expressions liées à la pornographie complétées par des mots exclus ;
macronetemmanuel macrontransformés enemmanuel macron président république.[PDF, p. 15-16]
La capture du flux HTTP constitue un élément plus solide qu’une simple différence de résultats : elle rend visible, sur les exemples reproduits, une requête effective différente de la saisie initiale.
7.2. « Modifiée à la main » demeure une qualification journalistique
Le PDF ne contient ni le code de ces règles, ni leur historique de déploiement, ni l’identité de leur auteur. Il ne permet donc pas de déterminer si chaque transformation :
- a été créée manuellement à la suite d’un signalement ;
- appartient à un dictionnaire de règles maintenu par une équipe ;
- résulte d’un traitement automatisé ;
- est appliquée à tous les utilisateurs ou seulement dans certaines configurations.
L’objectif apparent de plusieurs règles est d’écarter des contenus pornographiques ou incestueux. Le résultat demeure imparfait puisque certains contenus de ce type restent affichés. Pour la requête macron, la reformulation peut modifier fortement la diversité des réponses, mais les captures ne prouvent ni une consigne gouvernementale, ni une volonté de favoriser le président, ni une censure politique.
La formulation probatoire doit donc être : l’article documente des réécritures non signalées clairement à l’utilisateur ; il qualifie leur mise en place de manuelle et de “caviardage”, mais la pièce ne permet pas d’établir le mécanisme humain précis ni l’intention.
8.1. Les 36 % et 64 % sont un contexte, pas le résultat de cette enquête
L’article reprend d’Acteurs publics deux constats attribués à l’audit interministériel :
- le premier contrôle n’aurait pas permis de mesurer complètement le recours effectif à Bing ni d’exclure que la quasi-totalité des requêtes en provienne ;
- le 25 septembre 2019, 36 % des requêtes observées auraient reposé sur l’index Qwant, ce que le journaliste reformule ensuite comme 64 % des résultats provenant de Bing ;
- un indicateur quotidien devait suivre la progression vers un objectif de 50 % de requêtes reposant sur l’index Qwant à la fin de 2019.
[PDF, p. 2]
Le passage glisse de la proportion de requêtes à celle des résultats. Ces grandeurs ne sont pas nécessairement équivalentes : une requête peut produire une réponse hybride, plusieurs résultats ou une bascule liée à la locale et au type de contenu. Le rapport natif, son dénominateur et sa méthode sont nécessaires pour fixer un taux exact.
Surtout, les tests de Manach ne recalculent pas ce pourcentage. Ils cherchent à identifier les pages attribuables à Qwant par comparaison avec Bing, puis en évaluent la fraîcheur. L’apport propre de l’enquête est donc qualitatif : l’index que Qwant devait développer pour réduire sa dépendance apparaissait lui-même fortement dégradé dans les résultats publics étudiés.
8.2. Vingt milliards de pages ne garantissent pas un moteur frais
L’article rappelle la déclaration d’Éric Léandri devant le Sénat en juin 2019 : l’index Qwant aurait compté vingt milliards de pages et deux milliards de pages auraient été visitées chaque jour. Il confronte ces volumes au gel visible de nombreuses SERP. [PDF, p. 17]
Il n’existe pas de contradiction arithmétique automatique. Une page « visitée » peut être :
- déjà connue et inchangée ;
- téléchargée mais écartée ;
- analysée sans être réintégrée à l’index servi ;
- présente dans l’index mais mal classée ;
- utilisée dans une autre verticale ou une autre version du moteur.
Les chiffres de crawl mesurent une activité d’exploration déclarée, pas la fraîcheur finale. La contradiction est plutôt fonctionnelle : une activité annoncée à très grande échelle ne produit pas l’amélioration visible attendue sur des requêtes courantes. Les journaux de crawl, dates d’indexation et statistiques de service permettraient seuls de localiser cet écart.
9.1. Une réponse générale, pas une réfutation technique
Contactée le 6 mars, la nouvelle direction ne répond pas séparément aux questions sur la fraîcheur, la part de Bing, les erreurs 404, les cinquante résultats, les critères d’indexation ou la réécriture des requêtes. Elle reconnaît de manière générale que ses produits et services n’ont pas toujours répondu aux attentes et explique concentrer son énergie sur la transition engagée après le départ d’Éric Léandri. [PDF, p. 17, 19-20]
Cette réponse a une portée limitée :
- elle reconnaît un écart général entre le service et les attentes ;
- elle ne valide ni ne contredit les statistiques de Marc Longo ;
- elle ne fournit aucun indicateur de fraîcheur ou de provenance ;
- son absence de réponse détaillée ne vaut pas aveu de chacune des conclusions journalistiques.
9.2. Le périmètre de l’audit reste la question institutionnelle centrale
La DINUM présente alors Qwant comme un moteur appliquant préférentiellement le droit européen, disposant de son propre indexeur et ayant fait l’objet d’un audit interministériel. Le déploiement par défaut devait concerner les terminaux fixes et mobiles des agents publics avant le 30 avril 2020, tout en leur laissant la possibilité de modifier ce choix. [PDF, p. 17-18]
L’article ne conteste pas qu’un indexeur propre existe. Il interroge la qualité de ce qu’il produit. Faute de réponse de la DINUM, il ne peut déterminer si l’audit avait vérifié :
- la fraîcheur réelle des résultats ;
- la purge des liens morts ;
- la pertinence du classement ;
- la qualité des réponses sur des sujets d’actualité ;
- le fonctionnement des réécritures ;
- la fiabilité de l’indicateur distinguant Qwant de Bing.
Le contraste est donc établi entre, d’une part, une décision de déploiement fondée sur des critères de souveraineté, de droit applicable et de vie privée et, d’autre part, des défauts de qualité visibles. Il ne prouve pas que la DINUM connaissait chaque anomalie, qu’elle les a volontairement ignorées ou que la décision était illégale.
9.3. Le passage de 150 à 50 résultats
Le journaliste indique qu’avant ses enquêtes, les réponses attribuées à Bing pouvaient afficher 150 résultats alors que l’index Qwant n’en proposait que 50, puis que toutes les requêtes ont été limitées à 50 résultats. [PDF, p. 18-19]
Cette uniformisation réduit un indice visuel qui permettait de distinguer les deux sources et limite la profondeur accessible. Elle ne démontre pas à elle seule une volonté de dissimuler Bing : des raisons d’interface, de coût ou de performance sont également possibles. Faute d’explication de Qwant, le motif reste indéterminé.
10. Ce que l’article permet de dire sur l’état de Qwant
| Dimension | Constat soutenu par l’article | Limite |
|---|---|---|
| Autonomie | Qwant possède et sert un index propre sur une partie des requêtes, tout en restant très dépendant de Bing selon l’audit rapporté. | Le taux exact au printemps 2020 n’est pas calculé par l’enquête. |
| Fraîcheur | De nombreuses SERP attribuées à Qwant restent largement inchangées entre octobre 2019 et mars 2020. | Échantillon journalistique non exhaustif et protocole brut non publié. |
| Maintenance | Le corpus Longo contient 7,8 % de liens indisponibles et 463 mots-clés sur 588 sans modification visible en février, soit 78,7 % après recalcul. | Données d’un tiers, seulement contrôlées par sondages. |
| Pertinence | Des requêtes courantes renvoient à des contenus très anciens, hors sujet, piratés ou pornographiques. | Le PDF ne donne pas un score comparatif standardisé face aux concurrents. |
| Information sanitaire | La colonne Web réagit tardivement au Covid-19 et classe très haut plusieurs contenus de faible fiabilité. | Ce classement n’équivaut pas à une approbation éditoriale de Qwant. |
| Transparence | Des requêtes effectives diffèrent des termes saisis et les réponses de Qwant ne détaillent pas le mécanisme. | Le caractère manuel, l’auteur et le motif de chaque règle ne sont pas établis. |
| Capacité industrielle | L’index propre visible ne paraît pas suffisamment rafraîchi et purgé pour soutenir seul un moteur généraliste de qualité. | La pièce n’analyse ni le code, ni l’infrastructure, ni tous les index internes. |
| Gouvernance publique | Le déploiement administratif est décidé malgré des questions non résolues publiquement sur la qualité et l’autonomie. | L’article ne produit pas le dossier complet de décision ni le rapport natif de l’audit. |
Le portrait qui ressort n’est donc pas celui d’une entreprise dépourvue de tout actif technique. Il est plus précis et plus préoccupant : une entreprise disposant d’une capacité propre partielle, mais dont le produit visible ne démontrait pas encore la maîtrise industrielle du rafraîchissement, de la purge, du classement et de l’autonomie nécessaires à un moteur généraliste.
11.1. Établi directement par la pièce
- Le contenu, l’auteur, la date affichée et les vingt pages de l’enquête publiée.
- Les captures comparant certaines SERP d’octobre 2019 et de mars 2020.
- Les exemples visibles de résultats anciens, indisponibles ou inadéquats.
- La présence, dans les captures des outils de développement, d’un champ de requête différent de la saisie initiale.
- Le contenu de la réponse générale adressée par Qwant au journaliste.
- Les questions précises laissées sans réponse détaillée dans l’article.
11.2. Fortement soutenu, mais dépendant de la méthode journalistique
- Le gel prolongé d’un nombre important de SERP attribuées à l’index Qwant.
- Le retard majeur de la colonne Web sur la crise du Covid-19.
- La faiblesse de la purge des pages mortes.
- L’existence d’un problème de qualité et de hiérarchisation dépassant un incident isolé.
11.3. Rapporté par un tiers et partiellement corroboré
- Les 2 282 liens indisponibles sur 29 400.
- Les 463 mots-clés sans modification visible en février.
- L’attribution systématique de certains groupes de résultats à Qwant ou à Bing à partir des taux de similarité.
11.4. Non démontré par ce PDF
- La cause exacte : crawler, indexeur, cache, classement, ressources financières, départs de salariés ou choix de produit.
- L’absence de toute propriété intellectuelle ou de toute technologie propre chez Qwant.
- Le taux réel de dépendance à Bing pour tout le trafic au printemps 2020.
- Le caractère humain et individuel de chaque réécriture de requête.
- Une intention de censure politique ou de manipulation de l’opinion.
- Une approbation par Qwant des contenus complotistes affichés.
- La connaissance détaillée de ces défauts par la DINUM avant le déploiement.
- Une fraude, une tromperie pénale ou toute autre qualification juridique.
12. Place de cette analyse dans le dossier
Le présent chapitre constitue l’analyse canonique de l’enquête du 1er avril 2020 sur l’état visible du moteur. Il complète sans les dupliquer :
- le chapitre sur la dépendance à Bing et la stratégie industrielle de Qwant, qui analyse la trajectoire technique longue et l’audit DINUM ;
- le chapitre sur l’usage des résultats Bing dans le code de 2016, qui porte sur un chemin de code versionné et ses limites ;
- le chapitre « Qwant, une affaire d’État », consacré aux soutiens publics, aux audits et aux décisions institutionnelles ;
- l’analyse de l’enquête Endeweld du 18 mai 2020, qui traite de l’audit DINUM, de la gouvernance et des réseaux allégués ;
- l’étude du cahier de doléances des salariés, qui documente les alertes internes de 2019 sans vérifier à elle seule chaque défaillance technique.
L’enquête Manach apporte une pièce spécifique : elle ne décrit pas seulement des intentions, un code historique ou un audit non intégralement publié. Elle montre ce qu’un utilisateur obtenait effectivement sur le service accessible au public à des dates déterminées. C’est sa force principale.
Conclusion
Au printemps 2020, Qwant apparaît dans cette enquête comme un assemblage encore dépendant de Bing et d’un index propre insuffisamment industrialisé. Dans les observations rapportées, les éléments les plus frais se trouvent surtout dans certaines verticales ou parmi des résultats ressemblant à ceux de Microsoft ; les résultats attribués à Qwant sont fréquemment anciens, parfois morts et, sur le Covid-19, dangereusement en retard ou mal hiérarchisés.
L’article ne fournit pas l’accès au backend qui permettrait d’expliquer chaque anomalie. Il apporte cependant quatre faisceaux convergents :
- des comparaisons datées de pages de résultats ;
- un corpus quantitatif tiers partiellement vérifié ;
- un test de crise particulièrement révélateur avec le Covid-19 ;
- des captures de réécritures de requêtes et des réponses institutionnelles insuffisamment précises.
La formulation finale la plus solide est donc :
En mars 2020, l’index propre de Qwant était réel mais, sur les requêtes documentées, il restait largement figé, insuffisamment purgé et qualitativement fragile. La pièce établit cet état visible et le décalage avec la promesse d’un moteur autonome déployable dans l’administration ; elle ne permet pas, seule, d’en attribuer la cause, l’intention ou une qualification juridique.
Sources principales
- Jean-Marc Manach, « Qwant : des résultats (encore) datés, des erreurs (404) et des complots » (ouvre dans une nouvelle fenêtre), Next INpact, 1er avril 2020 à 16 h 18.
- Copie PDF locale de l’article, 20 pages, impression du 31 juillet 2026, SHA-256
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